4° Dimanche de l'Avent (A) Mt 1, 18-24

          « Il restera de toi ce que tu as donné » dit la philosophe Simone Veil,

          « Tout ce qui n’est pas donné est perdu » dit Jean Vanier.

C’est parce que Dieu a tout donné qu’il est Dieu, qu’il reste Dieu.

Dieu donne tout et, parce qu’il donne tout, il ne perd rien, il gagne tout.

Dieu a été le premier à jouer à qui perd gagne et il est toujours prêt à perdre pour gagner ! Dieu aime à corps perdu, c’est ce qu’il fait à Noël.

L’Amour est chose trop sérieuse et trop noble.

« Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils Unique », son Unique Fils, c’est-à-dire lui-même, sa propre substance, son être-même.

A Noël, Dieu casse sa tirelire, se vide les poches, se vide lui-même pour donner tout ce qu’il a, tout ce qu’il est.

En se faisant homme, en prenant chair dans la chair de la Vierge Marie, Dieu met en jeu tout ce qu’il est, au risque de tout perdre, mais, au bout du compte, il récupère doublement sa mise : toute sa création dans la rédemption et lui-même dans la résurrection.

Noël n’est pas la fête des enfantillages ! des mignardises : chocolat, foie gras, champagne et whisky à gogo, avec la gueule de bois, le portefeuille vide et le cœur encore plus vide au réveil !

Noël est la fête de Dieu, de son anéantissement d’amour.

Contempler la crèche, c’est ouvrir les yeux sur l’abîme : l’Enfant Jésus est l’interface entre Dieu et nous. Regarder Jésus, c’est plonger nos yeux dans l’âme de Dieu, dans l’immensité sans fond ni bornes de son amour. Une douce stupeur silencieuse ne peut que nous envahir.

Mais aussi, laisser le regard de l’Enfant pénétrer les abîmes insondables de notre cœur. Croisement des regards, croisements des cœurs.

Comment nous préparer à ce croisement de regards, à ce cœur à cœur ? Dieu nous fait le cadeau de deux petites journées avant la fête, pour que nous Lui fassions un peu de place, pour qu’Il puisse venir nous combler après nous avoir vidés de tous les flonflons, de tous les vains miroitements, de tous les vents de vanité…

« Je n’ai ni or, ni argent, mais ce que j’ai, je te le donne… » nous dit Dieu Lui-même par la bouche de l’apôtre Pierre. Je te donne tout, je te donne moi-même, je te donne Dieu, et dès lors, tu peux te lever comme Joseph s’est levé pour prendre chez lui son épouse, Marie et Dieu caché en elle.

Dieu ne tient pas beaucoup de place, mais il remplit tout et comble de sa présence celui qui l’accueille. C’est ainsi que Marie et Joseph sont comblés de grâce.

Je trouve dommage qu’on n’accorde à Joseph qu’un petit strapontin dans l’œuvre de Dieu. En effet, Dieu lui a fait don de la paternité tout comme à Marie celui de la maternité. Pour tous les deux c’est une grâce, un don gratuit de Dieu. Paternité et maternité ne sont pas d’abord affaire de chair et de sang, mais de don.

C’est parce que Joseph et Marie ont reçu ce don, que nous pouvons aujourd’hui, à notre tour, devenir Père et Mère de Jésus en accueillant la Parole de Dieu comme l’ont fait Marie et Joseph.

Notre vie chrétienne n’est pas d’abord une affaire de morale mais de divinisation. C’est parce que nous accueillons Dieu en nous que nous sommes transformés par Lui et que nous pouvons vivre comme lui : tout comme Joseph. Ayant reçu la Parole de Dieu il peut faire ce que Dieu lui dit. Dans son silence, Joseph est vivante Parole de Dieu !

Alors, au lieu de nous déguiser en Pères-Noël, endossons la livrée de Joseph et, avec lui, devenons de vrais pères pour la joie et le bonheur de tous.

Comme Dieu, « il restera de toi ce que tu as donné », c’est-à-dire TOUT, si tu donnes TOUT et tu deviendras Dieu avec Dieu.

Fr. Pierre