33° dimanche du TO (C) Lc 21, 5-19

Alors que les disciples parlent du Temple, des belles pierres et des ex-voto, Jésus déclare que tout sera détruit, qu’il n’en restera pas pierre sur pierre. Il annonce aussi que certains viendront en son nom sans être de lui, qu’on entendra parler de guerres, de désordres. Des tremblements de terre, des famines, des épidémies, des phénomènes effrayants surviendront avec des grands signes dans le ciel. Et comme si cela était insuffisant, ses disciples subiront des persécutions, des jugements, la prison, la mort.

 Pourtant, dit encore Jésus à ses disciples, ne vous préoccupez pas de votre défense car c’est lui qui sera leur défenseur face aux adversaires. C’est un peu déjà fort de s’entendre annoncer toutes ces calamités angoissantes, mais d’être invités en plus, à ne pas s’en préoccuper, ce serait peut-être là beaucoup demander de la part du Seigneur. Mais, au fond, que dit le Seigneur ? Sinon, des signes extérieurs liés à la création et à l’histoire des hommes. À quelle vigilance, le Seigneur nous appelle-t-il ? Sinon, peut-être à celle d’un signe plus intime, lié à sa présence, à sa parole, à sa sagesse.

En effet, les paroles prophétiques du Seigneur nous encourage à savoir lire entre tous les signes, à les distinguer pour mieux le trouver lui et demeurer avec lui. Comme le fait son prophète Élie en son temps, où sécheresse, famine, guerre, idolâtrie frappent, ou Élie est en danger de mort. Lorsqu’Élie se réfugie sur le mont Horeb, Dieu vient à sa rencontre ni dans l’ouragan qui fend les montagnes et brise les rochers, ni dans le tremblement de terre, pas plus dans le feu. Dieu est absent de ces phénomènes naturels terrifiants. Où vient-il rejoindre Élie ? Il vient, pourrait-on dire, dans le fin murmure d’un ténu silence. Il se manifeste de la manière la plus subtile, la plus rassurante, la plus délicate qui soit au milieu des fracas du monde pour conduire Élie selon son dessein.

  De nos jours, les ouragans, les tremblements de terre, les guerres, les persécutions n’ont pas disparu. Les feux sont plus gigantesques que jamais. Les calamités naturelles et humaines dont nous avons notre part continuent de frapper, d’inquiéter et d’alarmer. On entend parler d’effondrement. Il existe encore et toujours de faux prophètes, des illuminés.

Mais, tous ces signes, pour autant qu’ils nous inquiètent, nous interpellent ou non, doivent être lus à la lumière du seul signe que Dieu n’ait jamais donné au genre humain, le seul signe venu du ciel et qui contient tous les signes de l’univers et de l’histoire des hommes,  celui de son incarnation en son Fils, l’homme Jésus-Christ, le Ressuscité, au corps et au sang duquel nous communions au plus intime de notre vie.

Car, si nous croyons que Dieu est le Créateur de tous les éléments du monde, le Maître des temps et de l’histoire comme nous l’entendrons  à l’autel dans la prière de la préface, alors le signe de la résurrection qu’il nous donne par son fils est l’unique signe qui puisse venir nous éclairer, nous guider, nous nourrir dans la foi, l’espérance et la charité, que la Création, elle aussi, a été délivrée de la mort et de la destruction du péché.

 Le signe que le Seigneur nous appellent à être, au-delà de tous les autres, serait peut-être, d’être avec constance des signes d’espérance pour le monde. La fin promise par Dieu est celle d’une création nouvelle et d’un homme nouveau, les deux régénérés dans le Christ ressuscité et non celle d’une destruction. C’est dans la nuit que nous espérons la lumière et appelons à la clarté d’un jour nouveau. C’est parce que nous vivons un monde d’injustice et de dégradation que le  « Soleil de justice se lèvera et apportera la guérison dans son rayonnement ». C’est dans les douleurs de l’enfantement que la création attend la délivrance.

Un midrach raconte : « Un jour, les maîtres montèrent à Jérusalem après sa destruction en 70. Lorsqu’ils arrivèrent au mot Scopus, qui surplombe la ville, ils déchirèrent leurs vêtements. En arrivant sur le mont du Temple, ils virent un renard sortir du Saint des saints. Ils se mirent à pleurer, mais Rabbi Aquiba souriait. Ils lui demandèrent : «  pourquoi ris-tu ? » Il répondit : « Et vous, pourquoi pleurez-vous ? » Ils dirent : « Du lieu duquel il est dit que tout étranger qui s’approchera mourra, est sorti un renard, et nous ne pleurions pas ? » Il répondit : « (…) Puisque les prophéties de destruction se sont réalisées, alors nous sommes sûrs que les prophéties de restauration se réaliseront aussi. » Ils lui dirent : « Aquiba, tu nous as consolés, tu nous as consolés. » Amen.


Frère Nathanaël