32° dimanche du TO (C) Lc 20, 27-38

Frères et sœurs, la question de la vie après la mort est un sujet brûlant, depuis l’aube de l’humanité. Ce questionnement est même à l’origine de la philosophie, et nous distingue en tant qu’hommes, par rapport aux autres animaux. Seuls les humains sont capables de se demander : Est-ce qu’il y a quelque chose après la mort, et si oui, comment çà va se passer ? Est-ce que je vais retrouver mon mari, ma femme ? Comment serons-nous ? Est-ce que nous aurons l’air d’avoir 20 ans tous les deux, ou bien 80 ? Ce genre d’interrogations naïves, nous nous les posons depuis que nous sommes petits. Nous n’avons toujours pas la réponse, et nous savons pertinemment que nous ne l’aurons jamais en ce monde. Les Sadducéens, qui appartiennent à l’un des différents courants du judaïsme de l’époque de Jésus, posent ce même genre de questions. Et eux, par contre, ne croient pas à la vie éternelle. Comme beaucoup de nos contemporains, ils pensent que tout est fini, et ils essaient de ridiculiser cette croyance en l’au-delà en inventant une histoire drôle dont les rabbins ont le secret. Aujourd’hui encore, il n’est pas facile, même au sein de l’Eglise, de parler avec justesse de la vie après la mort, sans tomber dans le paranormal ou l’occultisme.

Que fait Jésus ? Comment s’y prend-il ? Tout d’abord, il explique qu’il y a une rupture entre cette vie terrestre et la vie après la mort. Dans ce qu’on appelle « l’au-delà », la vie est radicalement autre et différente. Nous pouvons prendre une analogie pour visualiser cela : imaginez que vous puissiez parler à un enfant qui est dans le ventre de sa mère, et qu’il comprenne ce que vous lui dites. Vous lui parlez du monde extérieur, de l’espace infini qui l’attend à sa naissance ; du fait qu’il sera bientôt libre, et que ce sera formidable. Mais lui n’a pas forcément envie de sortir de là où il est. Il est très bien, dans ce milieu où il reçoit tout ce qu’il lui faut pour vivre. Même si on lui explique comment çà se passe, il ne peut imaginer autre chose que ce qu’il connaît. Seuls lui parviennent des sons, des voix, des secousses. Mais il ne voit rien de ce qui est pourtant à côté de lui… Eh bien, on peut  imaginer que ce sera la même chose pour notre vie après la mort ; juste à côté de nous, toute proche, elle est déjà présente, mais invisible à nos yeux et à nos sens. Le Royaume de Dieu a beau être « au milieu de nous », nous n’en percevons que des signes, des échos discrets. Pourtant, ce qui nous attend est vraiment comme pour l’enfant qui va naître : un espace infini, une plénitude absolue. Jésus nous prévient : nous serons semblables aux anges, à ces êtres qui ne sont plus soumis ni au temps ni à l’espace ; temps et espace qui sont des dimensions propres à la vie terrestre. Donc, il n’y pas lieu d’imaginer quoi que ce soit, ni de se demander quel est le sexe des anges, ou leur âge !

Autant il y a une réelle rupture entre ce monde et le Royaume de Dieu, autant peut se faire sentir une certaine continuité. La chenille se métamorphose en papillon, mais elle garde la même substance. Il s’agit de la même créature, au sein de laquelle un processus de transformation s’opère jour après jour. Notre vie terrestre est déjà marquée par cette mutation, à chaque fois que nous mourrons à notre égoïsme, notre péché, pour revivre en Dieu. La mort est en quelque sorte le moment de sortir du cocon, de la coquille. A ce moment précis, le papillon est déjà formé à l’intérieur, et il peut désormais voler de ses propres ailes. La vie, alors, ne disparaît pas. Elle est simplement transformée en plénitude, et c’est cela qu’on appelle la « vie éternelle ».

Si nous prenons conscience de tout cela, alors notre vie prend une nouvelle dimension. Nous serons comme les sept frères Maccabées. Martyrisés, ils endurent avec courage les tortures qu’on leur inflige, car ils savent qu’ils ressusciteront. Leur corps sera transformé, et ils ne cherchent pas à le sauvegarder à tout prix, car ils ont la conviction qu’un autre leur sera donné dans l’autre vie. Comme dit saint Paul, à propos de la résurrection des morts (1 Co 15) : Semé corruptible, on ressuscite incorruptible ; semé méprisable, on ressuscite dans la gloire ; semé dans la faiblesse, on ressuscite plein de force ; semé animal, on ressuscite corps spirituel. (…) Nous ne mourrons pas tous, mais tous, nous serons transformés, en un instant, en un clin d’œil, au son de la trompette finale. (…) Alors se réalisera la parole de l’Ecriture : La mort a été engloutie dans la victoire.

Que cette Parole de Dieu, qui nous fait vivre éternellement, prenne maintenant consistance dans le pain et le vin offerts, transformés en corps et sang du Christ pour être partagés à l’infini. Qu’à travers cette transformation nous puissions vivre en lui, en étant jour après jour configurés à sa Résurrection.  Que cette Parole nous donne l’espérance de vivre en présence d’Abraham, Isaac et Jacob, et qu’elle nous trouve dignes d’être admis au festin des noces de l’Agneau.  Amen.

Fr. Columba