23° dimanche du TO (C) Lc 14, 25-33

Aujourd’hui, Jésus nous offre une leçon de comptabilité et, comme un bon professeur, il nous demande de nous assoir pour réfléchir et faire correctement notre devoir de calcul.

Quand nous sommes rentrés de vacances, que nous avons trouvé le versement de notre salaire ou de notre retraite sur notre compte bancaire et que nous avons aligné les avis d’imposition, les factures d’eau, de gaz, d’électricité, d’assurances et les diverses mensualités de crédit, nous avons pris notre tête entre nos mains et nous nous sommes demandé s’il nous resterait assez d’argent pour acheter une nouvelle voiture, réparer la toiture de la maison, payer les études des plus grands, etc. Encore heureux si nous avons quelque chose à calculer, il y a tant d’hommes et de femmes qui n’ont rien d’autre à calculer que leurs larmes devant leurs enfants qui ont faim.

La conclusion de Jésus est surprenante : vous savez calculer, dit-il, alors le solde final est en trop ! « Celui qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple ! »

Rappelons-nous ce que Jésus répond au jeune homme riche qui lui demande « que me manque-t-il encore ? Je voudrais bien augmenter mon pactole ! » « Ce qui te manque, c’est tout ce que tu as en trop ! Vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres et viens, suis-moi ! ». Ce qui nous manque, c’est ce que nous avons en trop… !

« Renoncer », voilà un mot qui n’est guère à la mode, un mot banni de notre société de consommation où le mot d’ordre est : « Toujours plus ! » Et le résultat, c’est la culture du déchet : nous jetons, nous éliminons, nous nous débarrassons de tout ce qui gêne notre accroissement (« je vais abattre mes greniers et en construire de plus grands » dit un autre riche dans l’évangile). Nous jetons les migrants à la mer, les fœtus, nous parquons les personnes handicapées, les vieillards dans des « réserves »

Nous sommes dans une civilisation du calcul, du chiffre, du rendement, du CAC 40, du Down Jones, du Nasdaq… N’est-il pas révélateur que les mathématiques aient supplanté la philosophie dans les études, que le calcul ait supplanté l’amour de la sagesse ?

Le poète Christian Bobin l’écrit à sa manière : « Les calculs ont remplacé la grâce. La contemplation des chiffres épuise l’âme. Ils sont à plaindre, les yeux du monde ! »

Jésus nous dit et nous redit que nous nous sommes trompés de calcul, que nos calculs sont faux. N’édulcorons pas la Parole de Jésus ! n’édulcorons pas la parole de notre pape François ! Le renoncement est le chemin, la porte étroite vers la joie parfaite, vers la joie de Dieu qui, de riche qu’il était, s’est fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté. Il s’agit là d’une écologie du cœur, le cœur où se trouvent les racines de toute véritable écologie. En effet, c’est à l’image de notre cœur que nous façonnons le monde. Nos cœurs secs, dessèchent la terre ! Désencombrons notre cœur, nous dit Jésus, désencombrons-le de tout le fatras qui obstrue la source de la joie. Désencombrons-le de la convoitise, de ce moi égotique et étouffant, de cette soif de jouissance, de puissance et de possession, qui nous dessèche et rend notre terre plus aride que le sol lunaire.

Faisons nôtre le désir de Dieu : « J’ôterai votre cœur caillouteux et je vous donnerai un cœur charnel, un cœur nouveau, un esprit nouveau, un souffle nouveau et pur, un cœur vivant et palpitant. Je tatouerai ma loi d’amour sur votre cœur, je la graverai de manière indélébile dans votre cœur, alors votre cœur débordera de vie, débordera de joie, comme mon propre cœur qui ne cesse de répandre la vie depuis qu’il a été transpercé pour vous »

Fr. Pierre