2° Dimanche de Pâques ou de la Divine Miséricorde (C) Jn 20, 19-31

Quelle est donc cette foi en Jésus ressuscité que nous venons d’affirmer encore en cette Pâque 2019 ? Que nous allons redire avec le credo, chacun, chacune en son nom propre : « Je crois » et tous ensemble en une seule voix ?

La foi, c’est d’elle que nous parle la parole de Dieu en ce deuxième dimanche de Pâques, à travers la première communauté chrétienne, à travers l’apôtre Thomas. Acceptons la question : quelle est ma foi aujourd’hui ? Que peut-elle changer dans la réalité de ma vie ?

Il y a des moments dans ma vie de chrétien où croire en Jésus ressuscité est plus facile et des moments où c’est plus difficile. La parole de Dieu en témoigne ce dimanche. La première communauté des Actes des apôtres (1ère lecture) vit un moment d’explosion joyeuse de la foi : « Beaucoup de signes et de prodiges, de miracles s’accomplissaient dans le peuple… des foules d’hommes et de femmes, en devenant croyants, s’attachaient au Seigneur… » Mais la 2ème lecture nous fait déjà passer au temps de la détresse et de la persécution, où il faut persévérer dans la foi, tenir bon dans l’épreuve : « Moi, Jean, votre frère, partageant avec vous la détresse …et la persévérance en Jésus… », Jésus qui dit à son apôtre Jean, à chacune, chacun de nous : « Ne crains pas… Je suis le Vivant… J’ai vaincu la mort… »

Croire est donc un combat. Il n’existe pas de foi facile, nous dit la Parole de Dieu. Dans la Bible, la foi est toujours une foi mise à l’épreuve, depuis Abraham le père des croyants jusqu’à Marie de Nazareth, « la première des croyantes » comme l’appelle Vatican II, Marie que nous avons trouvée debout au pied de la croix le vendredi saint. Seulement dans ce combat qui peut devenir « détresse » dans la foi, nous dit l’apôtre Jean, avez-vous remarqué ce qu’il ajoute : «  persévérer en Jésus ». Ma foi n’est donc pas d’abord affaire d’idées, croire n’est pas d’abord adhérer à un ensemble de vérités à croire, un contenu de vérités… Elle est une personne à qui je m’attache, pour reprendre l’expression de la première lecture : « Beaucoup, en devenant croyants, s’attachaient au Seigneur… » Sommes-nous, suis-je vraiment attaché, lié à Jésus aujourd’hui, est-il ma première référence, mon premier amour, alors même que je ne le vois pas, que je ne le sens pas, et que je dois croire ce que d’autres m’ont dit de Lui. Ce que Jésus reproche à Thomas, en effet, c’est de n’avoir pas cru ce que les autres lui ont dit : « Parce que tu m’as vu tu crois…Heureux ceux qui croient sans avoir vu. » Acceptons que notre foi soit la foi que nous avons reçue de ceux qui nous ont précédés, de l’Église. Le bienheureux Christian de Chergé, prieur des martyrs de Tibhirine aimait à dire : la foi je l’ai reçue de l’Église et « ma première Église ce furent les genoux de ma mère… »

Alors que peut changer ma foi dans la réalité de ma vie ? Me donner la force d’aimer et de pardonner, c’est – à –dire d’être artisan de paix. Constatons d’abord que nous n’arrivons pas à aimer comme Jésus nous a aimés. Aucun saint, fut-il le plus grand, n’oserait dire ‘’j’aime absolument comme Jésus aimait… » Mais la  nouveauté que m’annonce, comme une joyeuse nouvelle, la foi en Jésus Ressuscité, c’est qu’il ne m’est pas demandé d’arriver à aimer, mais de lutter toute ma vie pour essayer d’aimer, de pardonner. Aimer comme croire relève du combat. Essayer sans jamais se décourager, parce que, si je n’arrive pas à aimer, ma foi me dit que Jésus ressuscité y est arrivé pour moi, c’est-à-dire « à ma place ». Quand je constate mon impuissance à aimer comme lui, Il me dit : « Ne crains pas, persévère à essayer : j’y suis arrivé pour toi… »

Alors la paix du ressuscité habite mon cœur, ma vie. Trois fois, dans notre évangile Jésus salue ces disciples avec ces mots : La paix soit avec vous… » Nous allons échanger avant la communion un geste de paix. C’est la paix de Jésus ressuscité que nous échangeons, infiniment plus qu’une poignée de mains sympathique… À supposer que je me trouve à côté d’un frère chrétien avec qui je suis en profond désaccord, voir même que je puisse estimer mon ennemi, n’est-ce pas justement alors que nous avons à échanger la paix du Christ, pour guérir et transformer les sentiments qui nous séparent ?Cherchons en ce temps de Pâques comment nous attacher davantage à Jésus ressuscité dans la prière, dans l’agir quotidien, pour que chacun, chacune de nous fasse l’expérience que là où il bute à aimer vraiment, à pardonner, Jésus est venu et vient sans cesse comme celui qui « a aimé et aime à notre place ». Amen !

P. André-Jean