2° Dimanche de l'Avent (A) Mt 3, 1-12

Léon Tolstoï, l’écrivain russe bien connu, dans une de ses nouvelles, intitulée : La mort d’Ivan Ilitch, raconte l’histoire d’un juge, Ivan Ilitch. Celui-ci, atteint d’une maladie grave, s’interroge sur le sens de sa vie. Cette question lui vient juste avant sa mort. Il a un sentiment d’avoir raté sa vie, d’être passé à côté de l’essentiel, à côté de ce qu’il appelle le « cela ». (J’ai passé ma vie à côté du cela). Il ne sait pas préciser ce que c’est exactement ce « cela », ce qui aurait dû être essentiel de sa vie. Mais il a le sentiment d’avoir vécu pour rien, piégé par le conformisme, par les ambitions mesquines de sa vie de juge, le sentiment d’avoir vécu une vie manquée. Il est plongé dans le désespoir.

L’évangile d’aujourd’hui nous présente Jean le Baptiste, un homme radical, sans doute pas conformiste comme Ivan Ilitch. Jean le Baptiste pourrait presque être un modèle d’indépendance de l’esprit, voire de l’extravagance dans notre monde où chacun cherche une non-conformité, une originalité, une voie absolument unique pour soi : il vit dans le désert, il ne s’habille pas et ne mange pas comme les autres (il est plus proche des véganes que des fast-foods), il ne mâche pas ses mots (il sort du politiquement correct).

Cet homme-là ne veut pas rater sa vie, il ne veut pas passer à côté de l’essentiel. Mais il ne veut pas non plus être seul à vivre cet essentiel, à être meilleur comme les autres, il ne veut pas devenir un gourou qui a la science qu’il ne partage pas. C’est pourquoi il crie dans le désert : « Convertissez-vous, car le royaume des cieux est tout proche ». C’est comme s’il disait : « Ne passez pas votre vie à côté du cela, à côté de l’essentiel ». Le « cela », ou plutôt « celui qui me suit », est tout proche, le Christ est tout proche.

Jean le Baptiste nous appelle à la conversion, c’est-à-dire à un changement de notre façon de penser, d’agir, d’être, à cause du royaume des cieux, à cause du Christ. Mais il ne s’agit pas juste d’un effort de la volonté ; il s’agit de la fascination, de l’amour. Nous connaissons des personnes ou nous avons expérimenté nous-mêmes que, quand nous sommes tombés amoureux de quelqu’un, nous avons changé. Très souvent quelqu’un qui est amoureux change ses habitudes, commence à s’habiller autrement, à prendre soin de lui, il se met à aimer les plats qu’il ne digérait pas jusqu’à présent, à écouter la musique qu’il ne supportait pas, à devenir plus sociable, etc. Tout cela, pour devenir plus proche de la personne aimée, pour lui ressembler. La conversion, c’est cela : devenir amoureux, fasciné de quelqu’un, sortir de son propre schéma, devenir semblable à celui qu’on aime.

Dieu est celui qui s’est converti lui-même comme premier. Il était tellement fasciné par l’humanité, par nous, amoureux de nous, qu’il est devenu homme, il est devenu comme nous, proche de nous. Quand Jean le Baptiste appelle à la conversion, il appelle à la conversion vers ce Dieu-là, il appelle à se laisser fasciner par lui, à aimer et à se laisser aimer par lui.

Léon Tolstoï nous dit qu’Ivan Ilitch qui passe par un extrême désespoir est finalement transformé. Il se produit en lui une sorte de transfiguration, de conversion. Il a un sentiment d’immense pardon venant d’il ne sait pas d’où, et qui lui rend la sérénité au moment de la mort. L’on lit : « Et la mort ! où est-elle ? » Il chercha sa peur accoutumée et ne la trouva pas. « Où est-elle la mort ? » Il n’y avait pas de peur, parce qu’il n’y avait pas de mort. Au lieu de la mort il voyait la lumière. « Ah ! voilà donc ce que c’est », prononça-t-il à haute voix. « Quelle joie ! ».

Frères et sœurs, le "cela" que cherchait Ivan Ilitch, le royaume des cieux dont parlait Jean le Baptiste vers lequel il nous appelait à nous convertir, à nous tourner intérieurement, c’est la vie, c’est cette lumière qui nous remplit de joie, c’est le l’Amour de Dieu. Puissions-nous dire, en pensant à Lui, comme Ivan Ilitch, « Quelle joie ! »

fr. Maximilien