19° dimanche du TO (C) Lc 12, 32-48

Il y a quelques jours, un matin, je marchais dans la clôture et, devinant le soleil à travers quelques nuages laissés par l’orage de la nuit, j’y voyais la promesse d’une belle journée d’été, ensoleillée sûrement, mais pas trop chaude.

À tel endroit, l’herbe avait été fauchée, mais en partie seulement : promesse que le reste sans doute allait suivre, et que les frères du parc ensuite pourraient peut-être travailler ou aménager tel ou tel autre coin, ce qui nous vaudrait le plaisir de nous promener encore dans un beau cadre, bien entretenu, où se trouve toujours quelque chose de nouveau, de changé, de recommencé.

Arrivé au niveau de la serre, du potager, puis des vergers, ce qui s’offrait à ma vue, c’était la promesse de bons repas, avec des fruits et légumes de saison, la promesse de prochaines confitures et aussi celle plus lointaine de musturets pour cet hiver, si les courges donnent bien. J’ai même alors jeté un coup d’œil vers la cheminée de la boulangerie, pour voir si une fumée prometteuse annonçait une fournée de pain complet tout chaud au réfectoire, mais non… Ah, c’est vrai : un des frères de cet emploi est absent, il faudra attendre son retour, mais ce n’est pas grave, c’est pour bientôt !

Enfin, ma promenade se poursuivit par un lieu où j’aime beaucoup passer : notre cimetière. Occasion de méditer sur la vie de tous ces frères, ces anciens qui nous ont précédés, qui ont prononcé ici leurs vœux, promettant stabilité dans ce monastère, conversion de leur vie et obéissance… « Assurés des promesses auxquelles ils avaient cru », ils reposent là dans la paix, attendant maintenant « la réalisation des promesses, (…) qu’ils avaient vue et saluée de loin, » et je me dis, avec la communauté d’aujourd’hui, que nous sommes « héritiers de la même promesse. »

Ce jour-là, comme cela arrive parfois, j’étais naturellement de bonne humeur, je vous le concède, et, l’âme facilement bucolique, je voyais tout de manière positive et optimiste. Il n’empêche, les lectures de ce dimanche, elles aussi, ne cessent de nous parler de promesses, et de nous en parler en bien. Cela change de ce qu’on dit habituellement des promesses, surtout en période électorale : des promesses, des promesses, toujours des promesses !

En fait, tout est une question de regard, et la parole de Dieu – c’est normal – nous invite à un regard de foi. « La foi, nous dit la lettre aux Hébreux, est une façon de posséder ce que l’on espère, un moyen de connaître des réalités qu’on ne voit pas. » Posséder ce que l’on espère : le lien est d’emblée établi entre la foi et l’espérance. Un regard de foi doit être en même temps un regard d’espérance, un regard qui part d’une confiance a priori et qui nous maintient dans la confiance : « Sois sans crainte, petit troupeau. […] Car là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur. »

Et justement, une promesse, c’est déjà un trésor, et puisque, par définition, elle porte sur l’avenir, c’est un de ces trésors pour lesquels il n’y a pas à craindre les voleurs ni les mites. Oui, même si les réalités ne suivent pas, ou pas tout de suite, toute promesse, et a fortiori toute promesse divine, est en soi un précieux trésor, qui procure une joie réelle, bien qu’anticipée. Ainsi en allait-il de Sara, « parce qu’elle pensait que Dieu est fidèle à ses promesses » ; ainsi d’Abraham, qui « pensait que Dieu est capable même de ressusciter les morts » ; et, d’après le livre de la Sagesse, ainsi en allait-il de nos Pères : « assurés des promesses auxquelles ils avaient cru, ils étaient dans la joie […] et déjà ils entonnaient les chants de louange. » Je crois que c’est dans ce sens que le Pape François nous exhorte souvent à ne pas nous laisser voler nos rêves, à ne pas nous laisser voler l’espérance !

Nous sommes donc appelés à nous laisser gagner par ce regard de foi et d’espérance, mais ce n’est pas tout : pour que les vertus théologales soient au complet, il faut encore y ajouter un regard d’amour, de charité. Et il me semble que l’Évangile d’aujourd’hui l’illustre assez bien.

Un regard d’amour, un regard de charité, c’est le regard de quelqu’un qui à la fois aime et se sait aimé. Quand Jésus décrit ces gens « qui attendent leur maître à son retour des noces, » j’aime à penser qu’ils savent que la joie et le bénéfice des noces est aussi pour eux et qu’ils ne doutent point que leur bon maître, aimant et aimé, saura leur en faire partager les fruits à son retour. Voilà pourquoi, avant même ce retour, ils sont déjà heureux de l’attendre, « pour lui ouvrir dès qu’il arrivera et frappera à la porte ».

Heureux aussi l’intendant fidèle et sensé qui, dans l’attente du retour de son maître, pratique l’amour et distribue à chacun, en temps voulu, sa ration de nourriture. Par contre, celui qui désespère (“Mon maître tarde à venir”), en perdant l’espérance a perdu aussi l’amour : l’amour des autres, qu’il se met à maltraiter, l’amour de soi-même, au point de s’enivrer. Tout montre qu’il ne se croit plus aimé, pas plus qu’il n’espère être aimable. Avant même le retour du maître, il s’est infligé à lui-même de « partager le sort des infidèles », c’est-à-dire littéralement des sans foi, de ceux qui ne croient pas.

Foi, espérance et charité : voici donc les fameuses vertus théologales, ces trois forces ou puissances qui « disent Dieu », que nous recevons de Lui et qui nous font ressembler à Lui quand nous les pratiquons. L’une ne va pas sans l’autre, elles s’alimentent mutuellement et sont aussi inséparables que le Père, le Fils et l’Esprit-Saint.

Quant à nous, qui allons maintenant participer au festin des noces de l’Agneau, approchons-nous, joyeux des promesses divines et confiants dans leur réalisation. À cette Eucharistie, sacrement de l’Amour, apportons aussi les promesses qui nous ont déçus et celles que nous-mêmes n’avons pas tenues, en échange nous recevrons comme un trésor les arrhes de la Pâque du Seigneur. Puissent nos cœurs s’y attacher aujourd’hui, demain et toujours ! Amen.

Fr. Jean-Roch