Sainte Marie, Mère de Dieu (A) Lc 2, 16-21

Au premier jour de l’année civile, toutes les lectures liturgiques sont courtes, et c’est déjà une sorte de bénédiction ! Alors je vais essayer d’être court moi aussi.

Toutes ces lectures nous parlent de la nouveauté, de l’avenir, de ce qu’on espère et de ce qu’on attend : ainsi, dans le livre des Nombres, les belles bénédictions échangées par les fils d’Israël.

Dans l’évangile, celui qui est au centre est l’enfant, désigné comme « le nouveau-né » : l’enfant Jésus incarne cette nouveauté, cet avenir, toute notre espérance, car tout le monde s’étonne de ce qui a été annoncé, révélé, raconté par les bergers à son propos.

Dans la lettre aux Galates, c’est très différent.

En seulement quatre versets, Paul fait résonner six fois de suite un autre mot, qui concerne Jésus et qui nous concerne : ce mot, c’est « FILS ». Toute la bénédiction qui nous est adressée aujourd’hui tient en ce mot : « vous êtes des fils », et Paul entend le prouver aux Galates, il insiste : « tu n’es plus esclave, mais fils ».

Nous savons bien que les évangiles de Matthieu et de Luc, après l’évocation de la naissance de Jésus, vont nous obliger à faire brusquement un bond immense en quelques versets, pour rejoindre les évangiles de Marc et de Jean, dans lesquels nous ne voyons pas de petit Jésus, pas d’enfant, pas de nouveau-né : Jésus a d’emblée trente ans quand il se révèle au monde. Pourquoi ce trou dans sa biographie ?

Parce qu’il a fallu trente ans pour que le petit enfant prenne toute la mesure de son être de « fils ». Parce que le plus important tient dans ce mot : non pas seulement « enfant », mais « fils ». C’est après le baptême reçu de Jean que Jésus entend vraiment résonner le verset du Ps 2 : « Tu es mon Fils ».

Comprenons bien ceci, que je répète un peu souvent, mais qui est pour moi une clé biblique tellement importante : l’enfant ne devient le « fils » qu’au jour où il entre en possession de l’héritage…

C’est cette logique qui fait dire à Paul, mettant les points sur les i : « ainsi… comme fils, tu es HERITIER par la grâce de Dieu ! »

Toute notre bénédiction de chrétien tient dans ce passage-là : devenir les fils que nous sommes déjà, prendre conscience de l’héritage, prendre possession de l’héritage !

Si Jésus est le Fils UNIQUE, tout en étant notre frère, « l’aîné d’une multitude de frères et de sœurs », c’est que Lui seul a une conscience parfaite, unique, de cette filialité, de son être de « fils », et par là-même de sa responsabilité, Lui seul a une parfaite conscience de sa qualité d’héritier : c’est ce qu’il exprime chez saint Jean dans sa prière au Père à la veille de sa Passion : « Père, tout ce qui est à toi est à moi ». C’est quand même un peu sidérant qu’un homme puisse s’adresser ainsi à Dieu !

Quel est-il donc cet héritage ?

C’est l’Esprit Saint, rien de plus, rien de moins, l’Esprit Saint qui est Dieu, et qui fait ainsi du Fils l’égal du Père.

Alors on nous le répète assez souvent, nous le disons nous-mêmes à chaque doxologie, après chaque psaume : « l’Esprit Saint habite en nos cœurs », il nous a été donné. Nous sommes héritiers, nous avons reçu l’Esprit Saint dès le baptême, nous le recevons dans chaque sacrement, et si la Mère Église, notre Mère l’Église nous propose des sacrements, c’est précisément pour que nous prenions conscience, de plus en plus et de mieux en mieux que nous sommes héritiers, que nous avons reçu l’héritage, que rien ne nous manque de ce que Jésus a lui-même reçu et donné au monde, transmis au monde.

Frères et sœurs, la bénédiction est là, mais notre foi doit grandir, nous restons des nourrissons, nous ne savons pas encore parler, et pourtant la parole de Dieu nous est donnée. C’est pourquoi notre Mère l’Église nous traite parfois et longtemps comme des nourrissons, pour que nous grandissions. Et notre orgueil nous empêche d’accueillir ce lait vital. Marie, mère de Jésus, est appelée mère de Dieu, parce qu’elle a porté et l’Enfant qui est devenu le Fils. Demandons, chacun, chacune, la grâce d’accueillir de notre Mère la nourriture, le lait qui fait de nous des fils et des filles de Dieu, capables de marcher sur les traces de notre frère aîné, Jésus le Fils de Dieu.

frère David