7° Dimanche du TP (A) Jn 17, 1b-11a

Gloire de Dieu, gloire de l’homme

Saint Irénée de Lyon a sans doute en mémoire ce texte de l’évangile selon saint Jean quand il écrit : « la Gloire de Dieu c’est l’homme vivant ».

Mais pouvons-nous penser la vie sans la mort ? La vie est-elle possible sans la mort ?     En effet, en contrepoint de la Gloire de Dieu dans l’homme vivant, saint Jean nous dépeint la Gloire de Dieu dans la mort de Jésus sur la croix. N’est-ce pas ce que nous avons chanté à Pâques dans l’hymne Victimae pascali laudes : « Mort et Vie se sont affrontées en un duel étonnant, le Maître de la vie, bien que mort, règne vivant »

François Cheng, dans ses méditations sur la mort, nous invite à inverser notre regard et à considérer la mort, notre mort, non comme le terme de notre vie, mais comme son origine. Il dévoile ainsi le sens de la Croix, le sens de la mort de Jésus comme source de vie éternelle. « La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent » vient de nous dire saint Jean.

Nous comprenons mieux l’invitation de saint Paul à « être crucifié avec le Christ pour vivre avec lui ». Saint Paul crée même un mot nouveau « sunstauromenos », littéralement « con-crucifié ». C’est par la mort avec, que nous vivons avec.

Jésus, par sa vie, son enseignement et sa mort, nous montre que nul ne vit pour soi-même. Il n’y a de vie qu’avec. Et c’est en « mourant avec » que nous pouvons « vivre avec ». Tel est le sens profond de la mort de Jésus qui, par sa mort nous entraîne avec lui dans sa vie, dans la Vie. La vie de Jésus, Fils de Dieu, est une « vie avec » puisqu’il vit inséparablement avec le Père et l’Esprit.

La vie est pur don, elle ne pourra jamais être une propriété ou un dû sous peine de disparaître dans la « seconde mort » dont parle l’Apocalypse.

« Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » nous dit Jésus et c’est pourquoi il ajoute « vous êtes mes amis ». Amour et mort, amour et vie, mort et vie sont inséparables. L’amour qui nous fait vivre, c’est l’amour qui nous conduit de la vie à la vie par la mort. Il n’y a de vraie vie que donnée comme le rappelle Simone Weil. Nous recevons la vie dans l’exacte mesure où nous la donnons.

Nous aimons citer saint Paul quand il dit aux Philippiens : « pour moi, vivre, c’est le Christ » et nous oublions qu’il continue en écrivant « et mourir m’est un gain ». Il écrit semblablement aux Corinthiens : « La mort fait son œuvre en nous et la vie en vous »

C’est dans le don de notre vie que nous trouvons la plus grande joie, la vraie joie, la joie parfaite. Cette joie est don de l’Esprit et saint Paul la situe immédiatement après l’amour, avec l’amour. La lettre de saint Pierre que nous avons lue tout à l’heure, nous dit la même chose : « Dans la mesure où vous communiez aux souffrances du Christ, réjouissez-vous afin d’être dans la joie et l’allégresse quand sa gloire se révèlera »

Chercher la Gloire de Dieu, désirer la Gloire de Dieu, c’est désirer la vie, c’est estimer la vie au plus haut prix puisque nous sommes prêts à mourir pour elle.

En vivant cette réalité profonde, peut-être regarderons-nous le don de la création, la terre, la nature, notre environnement, d’une manière neuve. Peut-être serons-nous plus attentifs et soucieux de beauté et d’émerveillement que de rendement, avec une lumière neuve dans les yeux en contemplant ce soir la diaprure du soleil couchant.

Fr. Pierre