5° Dimanche du Carême (A) Jn 11, 1-45

À l’approche de Pâques, en pleine pandémie du Coronavirus qui fait tant de victimes, cet Évangile de la résurrection de Lazare nous plonge dans la réalité de chacune de nos vies pour y apporter l’espérance chrétienne.

Contaminés ou non par le virus, nous sommes tous mortels et chacune, chacun d’entre nous le sait bien pour avoir vécu douloureusement la maladie, la souffrance, la mort d’un proche : époux, épouse, enfant, frère, sœur, ami… Qui d’entre nous ne s’est pas demandé alors : Où est-il ? Nous retrouverons-nous vraiment dans une autre vie ?

Bien sûr, comme Marthe, dans cet évangile, avec elle - nous allons redire dans le Credo - que l’être aimé que la mort a séparé de moi « ressuscitera à la résurrection, au dernier jour », mais Jésus semble dire que le « dernier jour » c’est aujourd’hui … Il dit à Marthe : « Moi, Je suis la résurrection et la vie ». L’avons-nous vraiment compris. Qu’y a t-il à comprendre ?

Comprenons d’abord la différence inouïe, abyssale entre la résurrection de Lazare et celle de Jésus. On assiste au spectacle de la résurrection de Lazare : Jésus appelle Lazare dans la tombe depuis 4 jours : « Lazare, viens dehors… » On voit Lazare sortir de la tombe, enveloppé dans le suaire et lié de bandelettes : « Déliez-le … » dit Jésus. La résurrection de Jésus, elle, n’a pas été un spectacle. Personne n’a vu Jésus en train de ressusciter. Personne ne l’a tiré du tombeau. Au matin de Pâques, le tombeau est vide, les linges sont pliés, parfaitement rangés. Jésus s’est sorti seul du tombeau par la puissance  divine de l’Amour plus fort que la mort.

Et pourtant Jésus est vraiment homme. Il a connu une amitié humaine ; nous le voyons pleurer devant la tombe de son ami, devant la souffrance de Marthe et Marie. Il comprend et pleure avec nous la disparition et la mort de nos proches. Si Jésus a attendu pour répondre à l’appel de Marthe et de Marie, s’il a laissé la maladie et la mort saisir son ami Lazare, c’est qu’il prend conscience, ce jour-là, qu’il est l’Homme et le Fils envoyé pour accomplir la promesse de Dieu que le prophète Ézéchiel annonce dans la première lecture : « J’ouvrirai vos tombeaux et vous en ferai remonter… Je mettrai en vous mon esprit et vous vivrez… » Il importe bien plus à Jésus de tirer son ami Lazare de la tombe que de le tirer du lit où l’a tenu cloué la maladie. Jésus laisse la maladie et la mort faire son œuvre et il montre ainsi que la résurrection est l’œuvre de Dieu, pas de l’homme. C’est pourquoi il dit : « Lazare est mort, et je me réjouis de n’avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez » Cette maladie, cette mort « est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié… ».

L’espérance que nous apporte Jésus en ressuscitant Lazare et, bien plus encore en ressuscitant lui-même, ne tient pas à qu’il nous sauve de la mort, il ne nous l’évite pas. Il l’a vécue lui-même – et quelle mort ! – nous y passerons, nous aussi. C’est la limite de toute existence humaine. Jésus ne nous sauve pas de la mort, mais il nous sauve dans la mort. Par sa résurrection, il transforme la mort de tout être humain en naissance ; le départ de ce monde en arrivée dans l’autre monde, celui, hors du temps, qui ne connaît pas de fin et que nous appelons la vie éternelle. L’Esprit de Dieu, l’Esprit d’amour « qui a ressuscité Jésus, le Christ, d’entre les morts – nous a dit saint Paul – donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous. »

Cette vie-là, chaque eucharistie la sème en nous. Le pain eucharistique que nous mangeons, présence du Seigneur ressuscité, sème et fait grandir en nous l’être que nous serons pour toujours, en Lui Jésus, après notre mort. C’est ainsi que, le moment venu, nous irons rejoindre tous ceux et celles que nous avons aimés et attendre tous ceux et celles que nous aimons. Cette espérance-là, qui est celle des chrétiens, ne devrait-elle pas faire de chacun, chacune de nous, une sorte de panneau solaire pour renvoyer aux personnes qui nous entourent la chaleur, la vie que nous donne la foi en la résurrection du Seigneur Jésus ? Amen !

P. André-Jean