26° dimanche du TO (A) Mt 21, 28-32

Frères et sœurs, il y a une quinzaine d’années, deux étudiants tchèques ont réalisé un projet original sur l’influence de la publicité sur les gens. Ce projet a été filmé et sorti ensuite comme film documentaire, intitulé « Un rêve tchèque ». En collaboration avec des agences de publicité, ces deux étudiants ont organisé une campagne de publicité d’un grand magasin fictif qui, selon leur publicité, devait ouvrir prochainement dans une banlieue de Prague. Dans leur publicité, ils utilisaient des slogans comme p.ex. « Ne venez pas dans ce magasin », « Ne vous fatiguez pas », « Ne vous précipitez pas pour y aller », etc. Plusieurs fois, ils ont changé aussi l’adresse du nouveau magasin. Malgré tout, le jour où la grande surface devait ouvrir, une foule de 4 milles personnes s’est retrouvé sur son parking. Au moment où ils devaient entrer dans le magasin, ils se sont rendus compte que devant eux il n’y avait qu’une façade du magasin, que derrière une simple bâche tendue représentant un magasin il n’y avait rien, juste une prairie, rien de plus que de l’herbe.

Aujourd’hui, Jésus nous invite à regarder nos vies et de nous poser la question s’il y a quelque chose derrière sa façade. Le second fils de la parabole dit « oui » au père qui lui demande d’aller travailler à la vigne, mais il n’y va pas. En façade, il est très obéissant, bien élevé, exagérément respectueux (il dit à son père « Seigneur »), mais il reste là, sans bouger. Le premier fils répond à l’invitation du père : « Je ne veux pas ». En façade il est paresseux et rebelle, mais il repense sa décision et finalement il va à la vigne pour y travailler.

Frères et sœurs, la vigne, c’est notre vie. Pour éviter un sentiment amer de « qu’est-ce que j’ai fait de ma vie ? », « ma vie est vide, elle n’a pas de sens », « j’ai gâché ma vie », « je n’ai pas vécu ma vie », Jésus nous invite à y travailler dès AUJOURD’HUI. En effet, le père dit à chacun de ses fils personnellement : « Mon enfant, va travailler AUJOUR’HUI à la vigne ». Et même si nous avons 90 ans ou plus, c’est aujourd’hui qui compte. C’est aujourd’hui que le Père veut entrer en relation avec nous, la relation basée sur la vérité, sur l’amour et sur l’humilité, et pas sur des apparences, sur des dissimulations.

Avoir une vie de façade, une vie « ratée », vide, une vie désordonnée, une vie où l’argent et le sexe comptent plus que Dieu, n’est cependant pas une fatalité. Elle peut devenir même une chance, si on prend conscience de son impasse. C’est le cas du premier fils, c’est le cas des publicains et des prostitués dont parle Jésus, et qui changent leurs vies. Car pour Dieu, aucune désobéissance, aucune faute, n’est irrémédiable. Aussi malheureuse qu’a pu être la faute au moment où elle a été commise dans le passé, elle est toujours appelée à se transformer en « heureuse faute », en felix culpa. Et cela grâce à la miséricorde de Dieu, grâce au rédempteur qu’est Jésus Christ.

Vivre en façade, c’est au fond cacher quelque chose, c’est se cacher, peut-être par peur d’être jugé, rejeté par Dieu ou par les autres. La libération vient quand nous n’avons plus rien à cacher, et tout d’abord devant Dieu. L’apôtre Pierre, par exemple, a renié Jésus trois fois et tous les apôtres s’en souvenaient ; Marie-Madeleine aussi, tous connaissaient son passé ; saint Silouane du Mont Athos qui a commis un meurtre avant de devenir moine, lui non plus n’avait rien à cacher ; de même tant de prostituées qui aux premiers siècles sont devenues moniales dans le désert d’Égypte. Ils étaient tous prêts pour que la grâce du pardon, de la miséricorde divine, travaille en eux. C’est peut-être plus compliqué pour de petits pécheurs, comme beaucoup d’entre nous, et pour ceux qui se considèrent justes, comme des grands prêtres et des anciens du peuple de notre évangile. Il s’agit de retirer le masque, la façade de la fausse piété, de la perfection, de la justice personnelle, pour pouvoir admettre que nous aussi, nous avons besoin de la miséricorde de Dieu. Et cela demande de l’humilité.

L’humilité est indispensable pour se reconnaître pécheur et elle est aussi indispensable pour éviter de devenir un converti endurci, un nouveau « juste endurci » qui donne des leçons aux autres, et qui finalement tombe dans le même piège d’une vie de façade.

Frères et sœurs, ce qui compte pour Dieu, c’est AUJOURD’HUI. C’est aujourd’hui que le Seigneur nous invite à aller dans la vigne de notre vie et à commencer à travailler sur notre bonheur, le bonheur qui se trouve dans la relation avec le Lui, le Seigneur humble et miséricordieux.

fr. Maximilien