2° Dimanche de l'Avent (B) Mc 1, 1-8

            Frères et sœurs, le mot « conversion » peut avoir une connotation positive ou négative. Cela dépend du contexte, de quelle conversion on parle : conversion de l’euro en dollar, conversion d’une mesure anglo-saxonne dans le système métrique, conversion des métaux, conversion d’un document informatique en un autre, conversion professionnelle, conversion religieuse… Quand on pense à cette dernière, on peut ressentir des résistances à l’intérieur de nous. Pour certains de nous, se convertir signifierait une action de mortification de son corps, de renoncement au plaisir, une soumission aux commandements de peur d’être puni éternellement. Oui, il y a un peu de ça parfois dans la conversion. Mais les lectures d’aujourd’hui nous apportent d’autres dimensions de la conversion.

            Saint Pierre nous dit que, quand le Seigneur reviendra, tout disparaîtra, ou plutôt, tout sera transformé : il y aura un ciel nouveau et une terre nouvelle où résidera la justice. C’est une promesse, une espérance vers laquelle le chrétien tend, vers laquelle il oriente sa vie. La transformation de la réalité du monde s’opère, entre autres, à travers la nôtre, intérieure. Le monde change, se transforme, devient plus juste dans la mesure où moi-même je change, je deviens plus juste. C’est aussi le sens de l’histoire : nous contribuons à cette conversion du monde, à cette évolution de l’univers par la nôtre. Se convertir, c’est anticiper ce monde nouveau, être son précurseur, comme Jean le Baptiste a été le précurseur de Jésus, c’est contribuer à l’avènement de la terre nouvelle.

            Quand le Seigneur reviendra, toute cette réalité que nous connaissons disparaîtra, nous dit S. Pierre, c’est-à-dire le Seigneur prendra sa place, c’est lui qui sera notre réalité bienheureuse. Dans l’Apocalypse de S. Jean, Jésus se présente comme « l’Alpha et l’Oméga, Celui qui est, qui était et qui vient, le Souverain de l’univers » (Ap 1,8), le commencement et la fin. Tout prend sa source en lui et tout converge vers lui, vers son accomplissement, sa réalisation plénière, sa culmination. Se convertir, c’est donc laisser venir le Christ dans notre vie, le laisser prendre de plus en plus de place, être notre Alpha, et Oméga, et pour cela, nous rendre petits, comme Jean le Baptiste : moins de moi, plus de Christ.

            Accueillir le Seigneur dans notre vie c’est, entre autres, accueillir son pardon et sa tendresse. Jean le Baptiste invitait les gens à se faire baptiser « pour le pardon des péchés », c’est-à-dire pour que la réalité du péché, du mal, disparaisse de leur vie, qu’elle pâlisse, et que la joie de vivre, dans l’amour, prenne dessus. Ce baptême de Jean le Baptiste a été remplacé par le baptême de Jésus qui baptise lui-même dans l’Esprit Saint. S. Augustin dit : « Si Pierre baptise, c’est le Christ qui baptise ; si Paul baptise, c’est le Christ qui baptise ; si Judas baptise, c’est le Christ qui baptise ! » Nous avons été baptisés par Jésus dans l’Esprit Saint. Se convertir, c’est laisser travailler cet Esprit Saint en nous, le laisser nous guérir, nous libérer du péché, par le pardon et par la vie en vérité. Le pardon est une libération et pour celui qui pardonne et pour celui qui est pardonné. Ce n’est plus le mal qui est le premier, mais le Christ. Une nouvelle lumière jaillit alors du cœur, comme l’eau dans le désert.

            Le prophète Isaïe nous dit que le Seigneur « porte sur son cœur » ses brebis. Une image jugée parfois un peu romantique du Bon Pasteur, mais qui nous rappelle que nous sommes aimés par lui, qu’il nous garde près de son cœur. Se convertir, c’est se laisser aimer par le Seigneur, comme il l’entend. Peut-être que moi, je ne porte personne sur mon cœur, je me méfie des autres car j’ai été blessé, trahi, ou peut-être que je suis convaincu que personne ne me porte sur son cœur, que je ne compte pour personne, car j’ai été rejeté, abandonné dans ma vie. Le Seigneur porte chacun de nous sur son cœur, son grand cœur, qui aime. Se convertir, c’est croire à cet amour, c’est rejeter la tentation d’un repli sur soi, c’est refuser de vivre en victime et commencer à vivre en tant qu’ami du Christ.

             Frères et sœurs, S. Marc débute son évangile par « Commencement de l’évangile de Jésus, Christ, Fils de Dieu ». Se convertir, c’est laisser entrer cet évangile dans nos vies, se laisser habiter, travailler par lui. Il y a un commencement à tout. Alors, pourquoi ne pas commencer aujourd’hui ?  

Fr. Maximilien