14° dimanche du TO (A) Mt 11, 25-30

Dans la prière d’ouverture nous avons demandé à Dieu une « joie sainte » et le « bonheur impérissable »… Qu’est-ce que recouvrent ces deux expressions ? – Écoutez : Partons d’un fait : Ça se passe dans un petit village du Dauphiné : une maman fait le catéchisme à quelques enfants de la paroisse. Elle rencontre un jour une fillette en train de garder les vaches, elle s’approche et lui parle : « Je te vois à la messe de temps en temps ; tu ne voudrais pas venir aussi au catéchisme ? » L’enfant la regarde et lui dit : « Oh oui… Si ça pouvait m’apprendre à dire la prière jusqu’au bout… En gardant mes vaches, toute la journée je commence : « Notre Père qui es aux cieux,… », et puis quand je pense que Celui qui a créé le soleil, les arbres, mes vaches… c’est le Père de Jésus qui est aussi mon papa… » Mon cœur bat plus vite et je pleure de joie… mais je ne peux pas aller plus loin… Je voudrais apprendre à aller plus loin… » - Une belle histoire qui vous fait sourire ? – Non ! C’est l’évangile de ce jour… La joie et le bonheur qui  poussent Jésus à louer son Père, à ‘’exulter de joie dans l’Esprit Saint’’ – selon le passage parallèle de l’évangile de Luc – écoutez : « Père, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. Oui, Père tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance… » Quel mystique n’a pas souhaité avoir le cœur brisé jusqu’aux larmes dans la découverte de l’amour infini de Dieu Père ? Cette enfant, dans la simplicité de sa prière, est touchée par l’amour de Dieu et en accueille le mystère …

Mais qui est à l’origine de ce don, de ce mystère ? L’apôtre Paul nous le dit dans lea deuxième lecture : « l’Esprit de Dieu habite en vous… » L’Esprit est la force même de l’amour de Dieu, qui nous permet de vivre selon l’Esprit, c’est à dire selon l’amour de Dieu qui devient la force de ma vie. Je ne vis plus alors « selon la chair ». Attention ! Ne comprenons pas : selon « le péché de la chair » comme trop souvent on le comprend. Vivre selon la chair, c’est vivre en ne pensant qu’à soi, à ses besoins, son plaisir, aux choses matérielles, au profit… en oubliant l’amour de Dieu et du prochain. Le souci du matériel, du profit, du plaisir, devient alors un « joug », un « fardeau » qui n’est pas celui du Christ et de  ses disciples : « Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme… Mon joug – ajoute Jésus – celui de l’amour – est facile à porter et mon fardeau léger. »

N’est-ce pas notre expérience à chacun : quand j’aime quelqu’un et suis aimé de lui (entre époux, parents et enfants, amis), je deviens capable de beaucoup, y compris de souffrir par et pour l’autre… Le joug de l’amour, de la communion entre les êtres, rend léger le fardeau de chaque jour…

C’est cet amour, cette communion, qui est le fondement d’une famille, d’une communauté, de l’Église. Ce n’est pas le droit canonique, ni le pouvoir, ni la théologie, encore moins l’idéologie qui est le fondement de l’Église, mais bien, l’amour et la communion…

Cet amour, cette communion, n’est pas d’abord notre initiative, notre œuvre, mais l’action, l’œuvre, le don de Dieu en nous, à recevoir de Lui. Si Jésus peut dire dans l’évangile de ce jour « Venez à moi vous tous qui peinez… », c’est parce qu’en Lui, Dieu, le Seigneur est venu le premier vers nous, comme le prophète Zacharie l’annonce dans la première lecture : « Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici ton roi qui vient à toi… » Il est venu, Il vient, Il reviendra… au terme de notre vie et de l’histoire, pour la rencontre définitive. Comment aller à sa rencontre ; comment vivre de sa rencontre ?

D’abord écouter Dieu, sa Parole : l’écoute est le chemin de l’amour… Et puis parler à Dieu, répondre à sa parole, dans la prière… Enfin, parler de Dieu si l’on en reçoit la grâce et la mission. C’est le mouvement de chaque eucharistie : nous écoutons la Parole de Dieu ; nous parlons à Dieu dans la prière eucharistique; nous sommes envoyés messagers dire Dieu par notre vie et parfois nos paroles. Ainsi soit-il pour chacun et chacune de nous !

P. André-Jean