Sainte Trinité (C) Jn 16, 12-15

La sainte Trinité, un seul Dieu en trois personnes : pourquoi faire simple, quand on peut faire compliqué ! Dieu aime couper les cheveux en quatre, ou plutôt en trois. Il a l’air de vouloir nous surprendre, nous bousculer, pour éviter que nous l’enfermions dans une notion facile et accessible, qui ferait de lui un « Dieu de poche ». Nous savons bien que Dieu est insaisissable et que l’on ne peut pas mettre la main sur lui (sinon il ne serait pas Dieu) mais faut-il vraiment en passer par là ? Heureusement, il ne nous est pas demandé de comprendre ni d’expliquer le mystère de la sainte Trinité, mais plutôt de le célébrer, de l’habiter de l’intérieur, et surtout de nous laisser saisir par lui.

Les textes de cette année nous aident à comprendre que le Dieu trois fois saint n’est pas étranger à notre condition. Il n’est pas dans une réalité inaccessible et lointaine. S’il se révèle comme Père, Fils et Esprit, c’est justement pour que nous ayons une place en lui, avec lui. Dieu, par la dilatation qui existe en lui-même, est un espace ouvert dans lequel nous pouvons habiter. Si nous essayons de prendre la géométrie comme symbole, alors Dieu n’est pas un point localisable, mais plutôt un cercle formé par la relation entre les personnes divines. Et cela n’empêche pas l’unité. Il y a du vide à l’intérieur de la Trinité, un espace dans lequel nous sommes appelés et attirés. Saint Paul dit que nous avons accès au monde de la grâce dans lequel nous sommes établis et que notre orgueil est d’espérer avoir part à la gloire de Dieu. Et dans le livre des Proverbes, la Sagesse dit d’elle-même qu’elle a été fondée dès le commencement, avant l’apparition de la terre. Fondés, établis, nous le sommes en Dieu qui nous a créés à son image et à sa ressemblance. Et si Dieu est communion de trois personnes, cela veut donc dire que nous aussi, nous sommes faits pour cette ouverture, cet espace de communion.

Le jeu et la danse ont aussi leur place en Dieu, plus que nous ne pouvons l’imaginer, nous qui sommes si cartésiens. La Sagesse, qui préfigure dans l’AT la personne du Fils de Dieu, est représentée comme un enfant qui joue avec Dieu et avec les hommes. Dieu est éternellement jeune, en mouvement permanent dans le monde, tout en étant stable et immuable. Nous aussi, nous sommes des enfants. Et comme dit Jésus, nous n’avons pas la force de porter ces choses qui nous dépassent. Mais l’Esprit nous guide vers la vérité, et nous mène vers la connaissance parfaite de notre Père. En ce jour de la fête des pères, rappelons-nous que Dieu nous accueille en lui comme un père qui reçoit son enfant. Nous ne devons pas avoir peur de lui. Si le père que nous avons eu sur cette terre n’a pas été à la hauteur, ou a été trop autoritaire, il ne faut absolument pas transposer cette image sur Dieu. Ce serait une catastrophe !

Frères et sœurs, un homme commence à exercer sa paternité lorsque son enfant arrive au monde. C’est la même chose en Dieu. Il est Père parce qu’il a un Fils. Cela peut paraître évident, mais peut-être que nous n’y prêtons pas suffisamment attention. Pour que Dieu soit Père de toute éternité, il est nécessaire qu’il ait un Fils depuis toujours également… Et l’Esprit Saint, vous allez me dire ? Il est le Souffle qui donne du mouvement à cette relation, et qui l’empêche de s’enfermer. C’est lui aussi qui nous introduit dans cette danse, dans cet espace. Il fait de nous des fils adoptifs par Jésus Christ, nous dit saint Paul. A travers cette filiation, nous sommes associés à la divinité de Dieu. L’homme est un peu moindre qu’un dieu, nous dit le psaume 8. Il y a juste un petit manque qui nous empêche de nous accaparer cette divinité qui nous est donnée. Si nous refusons ce manque, nous tombons dans le péché, et nous quittons l’espace vital pour lequel nous sommes créés.

La prière que Jésus nous a laissée, le « Notre Père », nous dit bien que notre relation à Dieu doit être celle d’un enfant tourné vers son Père, de qui il attend la vie. Quand nous prions, il n’est pas nécessaire de nous torturer l’esprit pour nous imaginer un Dieu en trois personnes. Il est simplement nécessaire de prendre conscience que nous sommes face au Père, dans la personne du Fils, avec l’élan et le souffle de l’Esprit. Un petit exercice, avec la respiration, peut nous y aider : quand j’inspire, je ressens que le Père me donne son Esprit qui fait de moi son fils. Je me remplis de cette présence silencieuse et aimante de Dieu. Et quand j’expire, je m’abandonne au Père ; je ne retiens pas cet amour, mais je lui remets toute ma vie, toujours avec l’Esprit du Fils.

Dans cette eucharistie, soyons attentifs à l’échange qui existe entre le Père et le Fils, et auquel nous participons, par la grâce de l’Esprit. Dieu se donne tout entier à nous par le Christ qui est le visage du Père. A notre tour, offrons-nous à lui, et reflétons par nos vies la communion divine à laquelle nous sommes associés ; cette communion qu’on appelle aussi  Vie éternelle, Royaume de Dieu. Amen.

Fr. Columba