Le Baptême du Seigneur (C) Lc 3, 15-16.21-22

Au début de la Bible, au 3° chapitre du livre de la Genèse, nous avons un récit qui parle de Dieu qui se promène dans le jardin du paradis. Il cherche l’homme et la femme qui se cachent devant lui parce qu’ils ont fait ce qu’il ne fallait pas faire : ils ont mangé du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. C’est alors qu’ils ont découvert « qu’ils étaient nus », et cette nudité est devenue un problème pour eux. Au lieu de se tourner vers Dieu qui, dans son amour, leur apporterait une consolation, ils se replient sur eux-mêmes ; ils se cachent, parce qu’ils ont honte d’eux-mêmes, de leur faiblesse, de leur nudité. C’est à ce moment-là que Dieu les cherche, il les appelle, il cherche à rétablir une relation avec eux.

Frères et sœurs, qui d’entre nous n’a jamais eu besoin d’un réconfort, d’une consolation dans des moments difficiles, dans des épreuves, dans des moments où nous avons peut-être eu honte de nous-mêmes ? Aujourd’hui, le prophète Isaïe nous dit que Dieu se promène non seulement au paradis en cherchant Adam et Eve, mais aussi dans les « terres arides », « dans le désert » de nos vies, en nous cherchant, en cherchant à nous consoler. Et il nous appelle à lui donner une place dans notre vie, tout spécialement dans nos épreuves, dans nos souffrances, dans nos déserts, sans en avoir honte, sans avoir honte de nos nudités. Alors, quelle est la place de Dieu consolateur dans ma vie ? Est-ce que je crois qu’il peut me consoler ?         

Vous me direz : « J’appelle Dieu dans ma souffrance et il se tait. Je prie et cela ne change rien ». Certes, à la différence des idoles qui font beaucoup de bruits, Dieu se tait parfois, il est silencieux et discret. Certes, parfois le désert reste désert et la terre aride reste aride. Dans la montagne, si on veut atteindre un sommet, on ne renonce pas à marcher au milieu du chemin à cause des pierres grises ou des vues austères, à cause du chemin qui monte. Au contraire, on continue parce que nous savons que ce chemin mène vers un sommet avec une vue splendide. Notre relation avec Dieu ressemble parfois à une telle marche en montagne. Elle peut être aride, mais elle nous mène vers une vue splendide et éternelle.

D’ailleurs, même si Dieu se tait parfois, c’est lui qui nous porte quand nous ne pouvons plus. Le prophète Isaïe nous le dit aujourd’hui en comparant Dieu à un berger : « son bras rassemble des agneaux, il les porte sur son cœur, il mène les brebis qui allaitent ». Comment puis-je me laisser porter sur son cœur, sur le cœur de Dieu ? Peut-être, en me laissant désarmer de toutes mes défenses, mes peurs, mes hontes devant lui. Peut-être, en reconnaissant ma nudité et surtout en ayant confiance en son amour infini pour moi, son enfant.

Aujourd’hui Jésus entre dans le Jourdain, tout nu, pour être baptisé. L’Esprit Saint descend sur lui et il entend cette confession, cet aveu de Dieu : « Toi, tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. » Le Père le dit au moment où Jésus est nu, comme Adam et Ève au paradis, c’est-à-dire au moment de sa faiblesse, pas au moment de sa gloire. La gloire, la résurrection n’en est pas la cause, mais la confirmation ; elle est la conséquence de cet amour de Dieu pour Jésus et pour chacun de nous.  

Frères et sœurs, être baptisé, c’est participer tout nu, c’est-à-dire sans armes et en vérité, au baptême de Jésus tout nu, de Jésus désarmé. Être chrétien, c’est participer à ses 2 baptêmes : à celui du Jourdain, où il est rempli de l’Esprit Saint, où le Père lui dit son amour, et à celui de sa croix où il crie : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Être baptisé, c’est participer à la vie nouvelle du Christ ressuscité en passant, comme lui, par la mort. Cela entraîne un combat contre ce qui nous rend « esclaves du péché » (Rm 6), comme le dit S. Paul. Être chrétien, c’est ancrer sa vie dans la vie du Christ, dans son amour, dans sa résurrection. Cet ancrage n’est pas juste intellectuel ; il est surtout existentiel, c’est l’ancrage de notre être, de notre personne, de notre vie. C’est cela que je nous souhaite à tous dans cette nouvelle année 2019.

fr. Maximilien