Assomption de la Vierge Marie Lc 1,39-56

Selon la représentation la plus courante, bien que l’on ne trouve guère cela dans les textes que nous avons entendus, l’Assomption est la fête de Marie qui monte au ciel.

Et les Pères, qui sont très créatifs et très libres dans leur lecture de l’Écriture, ont trouvé quelques textes du Cantique des cantiques, assez énigmatiques en leur contexte propre, qui parlent d’une montée étonnante, « Qui est celle-ci qui monte, splendide ? », et de l’étonnement des anges eux-mêmes au passage devant cette montée…

Aaah ?

Oooh !

Puisque c’est l’été, je voudrais évoquer, non pas le feu d’artifice de la saint Stapin à Dourgne, mais, puisque nous sommes en 2019… cette autre montée si étonnante, sidérante, qui eut lieu du 16 au 20 juillet 1969, il y a cinquante ans, et qui permit à un être humain de marcher sur la lune.

Blasés que nous sommes devant les exploits techniques et scientifiques qui se multiplient au fil des ans, depuis cinquante ans, est-il possible que nous ayons pris la mesure de cette extraordinaire vision qui nous fut donnée, ce jour-là ?

Tous les superlatifs ont été employés, ad nauseam, comme disent les gens blasés, mais pour une fois, c’était mérité, c’était même tout à fait en dessous de la réalité, terriblement en-dessous.

Ce que nous avons vu et revu était des images grises, en noir et blanc il me semble, à moins que la réalité ne fut de fait très grise. Mais non, la télé en couleur ne date que de 73 ou 74, donc c’était forcément en noir et blanc !

Alors je vous propose de prendre pour quelques minutes les yeux d’Armstrong, Aldrin et Collins, et puis de nous retourner, pour contempler, et là c’est aux chrétiens que je parle, à tous ces pagano-chrétiens que nous restons jusqu’au bout, pour contempler, comme des moines, mieux, comme des moniales, mieux, comme… des carmélites, ou des Pères du désert, des ermites, comme un stylite en haut de son observatoire, pour contempler, comme ces trois-là l’ont vue, la Terre, Notre Terre, Notre Dame la planète bleue, la Bille bleue, the blue Marble : une agate infiniment précieuse, avec ses dorures et ses nuages laiteux, avec, en surimpression, tout ce que nous savons d’elle en la contemplant, ici l’Afrique, l’Inde, le Groënland…

Mes frères, la religion a produit des chefs-d’œuvre, en nombre incalculable, –et la chrétienne n’est pas en reste de ce côté-là, car, si l’on s’avisait de retirer des musées ou des monuments à visiter les productions du christianisme, la réalité culturelle totale en serait dramatiquement amputée, beaucoup de musées de province pourraient mettre la clé sous la porte, et que deviendrait Prague, la ville aux mille clochers ?– mais là, sous nos yeux tout frais d’hommes et de femmes nés à la fin du XX° siècle, au début du XXI°, il y a une icône indépassable qui doit faire ruisseler nos yeux, ou au moins, leur rappeler qu’ils sont humides aussi, ces yeux qui sont ronds, qui sont bleus parfois, dont les couleurs, noir, vert, doré, sont toutes les nuances dont cette bille-là est habitée, ces yeux qui sont eux-mêmes des billes d’agate très précieuses aux portes de notre âme, au bord du ciel qui mène à nos âmes.

Que nous dit cette icône ? Est-ce qu’elle ne nous parle pas de ce miracle de Marie enlevée au ciel ?

O Terre, le fruit de tes entrailles est béni.

O Terre, tu es bénie, toutes les autres planètes te diront bienheureuse.

O Terre, du haut de leur hublot, ils se sont penchés vers cette humble bille d’écolier et ils ont pleuré sur toi, parce que ta beauté a supplanté toutes les idoles possibles et imaginables.

O Terre, O Réalité, tu es sainte, infiniment plus que tout ce que personne aurait jamais pu imaginer.

O Terre, le Puissant a fait pour toi des merveilles.

O Notre Dame, que notre foi est petite, comme il nous est bon d’être parfois humiliés.

O Notre Dame, toi, notre sœur de la terre, tu nous donnes à voir ce que jamais œil humain n’avait pu contempler, sa propre inimaginable beauté. Ce qui est sidérant, ce n’est pas la lune ou les étoiles, c’est la Terre, la Terre sainte en son humilité.

Frères et sœurs, le ciel des chrétiens, c’est la réalité. Toutes nos dévotions peuvent et doivent s’écrouler devant la puissance du Réel.

Disant cela, je n’entends absolument pas ériger la technologie en religion, sacraliser la fuite en avant insensée qui remue beaucoup de nos contemporains, mais bien plutôt nous inviter à nous retourner, à faire comme Armstrong, Aldrin et Collins : découvrir, en se retournant, que le paradis était là, là d’où ils avaient cru, un instant, s’échapper. Telle est l’immense bonne nouvelle que l’humilité de Marie ne cesse de porter à tous ceux qu’elle va visiter.

P. David