6° dimanche du TO (C) Lc 6, 17.20-26

Frères et sœurs, savons-nous toujours où se trouve notre avantage ? Cette question de savoir ce qui est le mieux pour soi, tout le monde se la pose, peu ou prou : qu’est-ce qu’il faut faire, qu’est-ce qu’il faut accepter ou refuser, afin que cela se traduise pour moi en mieux être, en bonheur ou en joie, en confort matériel (bien légitime), en sécurité affective ou tout simplement en possibilité de vivre un idéal.

Mais il faut bien l’avouer, la plupart du temps, nous avons du mal à savoir quel chemin prendre, à savoir ce qui est le mieux, le meilleur. Devant tel ou tel choix, nous ne savons que faire. Prendre ce travail ? Déménager ? Se marier ? Entrer dans la vie monastique ? Qu’est-ce qui va me réussir ? Quel est pour moi la voie d’excellence ? La question se pose pour les choix fondamentaux, mais aussi et surtout, pour les petites choses du quotidien qui nous font râler et traduisent une insatisfaction, une sorte de « ratage » par rapport à ce que j’imaginais de meilleur pour moi ; par exemple une scène qui a pu se passer tout à l’heure sur la route : « alors il avance celui-là : il va me mettre en retard pour la messe à En Calcat ! » Avantage ou désavantage de rouler derrière un tacot ? Avantage ou désavantage d’être arrivé à temps pour l’homélie ? À vous de juger…

Le 10 avril 1912, on imagine le désarroi du passager arrivé en retard et qui, du quai, voit s’éloigner le paquebot qui aurait dû l’emporter vers New York, vers une nouvelle vie, et dont il distingue encore le nom en grosses lettres blanches sur la poupe : « Titanic ». Avantage ou désavantage d’avoir raté le « Titanic » ? Sur le moment le passager a dû râler et manger son chapeau, c’est sûr, se croire le plus malchanceux des hommes. Mais quelques jours après, en apprenant la nouvelle du naufrage, la perspective a certainement changé…

Frères et sœurs, quel est notre avantage ? Nous sommes bien démunis devant les retournements de situations. Et si l’on attend de Jésus un éclairage, on ne peut que constater qu’il ne nous aide pas à y voir plus clair : dans l’Évangile de ce jour il proclame le bonheur des pauvres et le malheur des riches et va ainsi à l’encontre d’un bon sens auquel nous nous fions et qui pourtant, nous l’avons constaté dans l’exemple du « Titanic », peut nous tromper. Le bonheur n’est peut-être pas là où nous le cherchons, là où nous le croyons, là où nous le voudrions. Et ce que nous prenons pour une tuile peut être, finalement, une sorte de grâce.

Où chercher le bonheur ? Si l’on en croit la tendance actuelle, le bonheur se trouve dans la confiance en soi, refrain que nous entendons chanter sur tous les tons comme le remède miracle. Celui qui a confiance en lui-même réussit tout ce qu’il entreprend entendons-nous. Est-ce vraiment le chemin le plus sûr ? Bien entendu, confiance en soi, estime de soi sont importants et l’on sait les dégâts que peuvent provoquer la mésestime de soi : mais ce n’est pas forcément ce qui va assurer la solidité de nos vies. La confiance que l’on mettait dans le « Titanic » à l’époque était telle, qu’on le disait insubmersible. Ironie de l’Histoire…

Jésus, lui, à la suite des prophètes de l’Ancien Testament, nous parle de la confiance en un autre que soi, en Dieu, chemin plus sûr. Et en nous invitant à cette confiance, il nous encourage à ne pas juger trop vite de la qualité des événements, de la chance ou de la malchance supposée qui nous arrive. Il ne s’agit pas de vouloir tout contrôler de sa vie, mais il s’agit de se fier à celui qui sait mieux que nous ce qui nous convient. Ce n’est pas que cette confiance en Dieu supprime l’imprévu de l’existence, mais elle en oppose un plus grand : l’imprévu des promesses de Dieu qui veut pour nous, pour chacun de nous le bonheur pour lequel il nous a créé.

La confiance à laquelle nous invite Jésus dans l’Évangile a couleur d’espérance. Elle ouvre un avenir pour soi sans que ce soit un avenir où ne compte que les forces en soi. Confiance en un Autre et en ses promesses, confiance plus fiable que celle que je peux mettre seulement en moi-même. C’est une bonne nouvelle : nous ne sommes plus seuls face au destin, nous ne sommes plus seuls face aux événements qui nous dépassent, nous portent ou nous écrasent. Dieu est là au cœur de nos pauvretés, de nos larmes, de nos faims et nous murmure : « ne crains pas, je suis avec toi ! N’ai pas peur puisque je t’aime ! »

Frères et sœurs, n’ayons pas de regrets si nous pensons avoir raté dans notre vie le départ du paquebot qui nous aurait permis de vivre mieux, pensons-nous… Peut-être ce paquebot raté avait-il pour nom « Titanic ». Mais aujourd’hui, prenons Dieu dans nos vies, fions-nous à Lui qui nous assure de sa présence et de son amour qui, pour le coup est vraiment insubmersible !

fr. Emmanuel