4° Dimanche du Temps Pascal (C) Jn 10, 27-30

Frères et sœurs, imaginez que vous partez en pèlerinage, p.ex. pour St Jacques de Compostelle, ou en voyage à pied pour voir votre cher ami (chère amie), quelqu’un que vous aimez. Vous marchez à votre rythme : si vous avez mal aux pieds, vous vous arrêtez ; si vous êtes en forme, vous marchez plus. Toujours vers le but, vers votre objectif. Imaginez maintenant qu’un jour vous sortez de chez vous et vous marchez sans savoir où vous allez, sans vous donner un but. Vous marchez comme ça pendant des jours, des semaines, des années peut-être, sans savoir ni où vous allez, ni pourquoi. Qu’est-ce qu’il est plus facile ? Marcher vers un objectif ou marcher sans savoir où on va, sans but ? Sans doute, avoir un but nous facilite le chemin, nous motive, nous sentons moins la fatigue, nous sommes attirés par le but.
Ces deux chemins possibles concernent aussi notre vie. Nous pouvons faire de notre vie un pèlerinage ou un vagabondage, une mission ou une errance.
Dans l’évangile d’aujourd’hui Jésus nous montre le chemin pour que notre vie devienne un pèlerinage vers un but. Il se présente comme un Bon Pasteur qui guide les brebis vers un but : « Mes brebis écoutent ma voix ; moi, je les connais, et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle. » Le but, l’horizon de notre vie c’est donc la vie éternelle. L’Apocalypse de S. Jean nous décrit symboliquement les joies de cette vie après la mort, la vie qui a déjà commencée : voici une foule immense des personnes que nul ne peut dénombrer, qui se tiennent debout devant le trône (être debout, c’est un signe de la résurrection), elles tiennent des palmes dans leurs mains (les palmes sont signes de la victoire sur la mort), elles sont vêtues de robes blanches (signe de la pureté, de la liberté du mal). S. Jean ajoute : « Ils n’auront plus faim, ils n’auront plus soif, ni le soleil ni la chaleur ne les accablera, puisque l’Agneau qui se tient au milieu du Trône sera leur pasteur pour les conduire aux sources des eaux de la vie. Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux. »
Frères et sœurs, le chrétien, c’est quelqu’un qui ose regarder au-delà de l’horizon, derrière l’horizon. Il ose regarder au-delà du décor de ce monde, de ce qui est visible. Il cherche plus loin. Son désir dépasse ce que peut lui proposer l’industrie de la consommation avec ses promesses du bonheur à court terme. Le chrétien à l’ambition de désirer ce que Dieu lui-même désire pour lui, de désirer à partir du désir de Dieu. Et ce que Dieu désire pour nous, comme nous le dit Jésus et S. Jean dans l’Apocalypse, c’est la vie éternelle, la vie accomplie pour chacun. Dieu désire partager avec nous sa vie divine, son amour éternellement, il désire que nous soyons un avec lui, que nous soyons Dieu, comme l’a dit, au 2° s. S. Irénée : « Dieu s'est fait homme pour que l'homme devienne Dieu ».
Le chemin vers le but qu’est la vie éternelle avec le Seigneur n’est pas toujours évident. Certes, nous avons comme indications les évangiles, la Bible, nous avons la Tradition, des écrits des saints, les sacrements, des retraites spirituelles, mais malgré tout nous nous perdons sans cesse sur ce chemin, comme des brebis, et sans cesse nous sommes retrouvés par le Christ, le Bon Pasteur qui dit : « Mes brebis (…) personne ne les arrachera de ma main. Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tout, et personne ne peut les arracher de la main du Père. » 
Sur notre chemin nous avons un guide, le Christ, et nous dépendons de ce guide. Dans le monde d’aujourd’hui cette dépendance de Dieu est souvent perçue comme une menace pour notre liberté. Mais pour nous, les chrétiens, elle n’est pas une menace, un esclavage, mais est une participation filiale au désir de Dieu et à sa liberté infinie. C’est cela le sens, la mission de notre vie : participer comme fils, filles, au désir de Dieu, à sa liberté, en désirant ce que lui désire.
Frères et sœurs, faire un voyage à St Jacques de Compostelle ou pour rejoindre quelqu’un qu’on aime ou vers la vie éternelle, donne une couleur, une saveur au voyage même. Notre vie, notre voyage sur cette terre a un sens, une direction : nous voyageons tous ensemble vers la vie éternelle, la vie divine. Que cette perspective nous aide à mieux supporter des difficultés, des peines, la fatigue dues au voyage. Reprenons encore cette belle prière de l’ouverture de la Messe : « Dieu éternel et tout-puissant, guide-nous jusqu’au bonheur du ciel ; que le troupeau parvienne, malgré sa faiblesse, là où son Pasteur est entré victorieux ». Amen.
fr. Maximilien