27° dimanche du TO (C) Lc 17, 5-10

« Augmente en nous la foi ! » « Ajoute-nous de la foi ! » traduit-on parfois. C’est la prière de l’Église, notre prière à chacun, chacune ce matin et aussi une invitation à me demander ce qu’est la foi pour moi, aujourd’hui.

Saint Paul, dans la 2ème lecture dit à Timothée : « Garde le dépôt de la foi… » La foi, un dépôt ? Comme on dépose de l’argent à la banque ? Comme le contenu d’un coffre-fort ? La foi a un contenu, un ensemble de vérités que contient le Credo de l’Église. Mais la foi ne commence pas par là, n’a pas été d’abord cela. Quoi alors ? D’abord une relation interpersonnelle : Nous allons dire le Credo dans un instant : Chacun dit « je crois en Dieu », j’engage en conscience ma relation à moi-même et à Dieu, mais c’est ensemble que nous le disons, et cela engage la relation entre nous membres de l’Église. La foi est ainsi relation à Dieu, à moi-même, aux autres.

Relation à Dieu, la foi est une « graine », dit Jésus, une semence, donc autre chose qu’un « dépôt », un contenu. C’est un dynamisme, une vie, un amour en somme. La foi  n’est donc pas affaire de mérite comme si je disais à Dieu : j’ai le mérite de croire, donc tu dois faire pour moi ceci ou cela… »  La graine meurt dans la nuit de la terre pour grandir et devenir plante, arbre ; ma foi comme relation à Dieu va connaître des nuits, des obscurités, des doutes. Le prophète Habacuc en témoigne dans la première lecture avec ces paroles que je peux faire miennes : « Combien de temps, Seigneur, vais-je appeler, sans que tu entendes ? Crier vers toi : ‘’Violence !’’, sans que tu sauves ? Pourquoi me fais-tu voir le mal et regarder la misère ? Devant moi pillage et violence ; dispute et discorde se déchainent… » Tant de violence dans notre monde, si peu d’entente et de courage effectif au dernier sommet des Nations Unies sur le climat, par exemple. Or que répond le Seigneur au prophète ? : Il y a quelque chose que tu ne vois pas encore, une « vision » - dit le texte – qui, pourtant se réalisera, ‘’tendra vers son accomplissement et ne décevra pas. Si cela paraît tarder, attends : cela viendra certainement… » Dans ma relation à Dieu, croire c’est savoir attendre sans voir encore… alors même que je vois le mal, la misère en moi et autour de moi. La foi est confiance totale en Dieu qui ne peut que m’aimer absolument et gratuitement : il est l’amour absolu et gratuit. Dans la 2ème lecture, Paul le rappelle à son disciple : « Bien aimé, je te le rappelle, ravive le don gratuit de Dieu, ce don qui est en toi… dans la foi et dans l’amour qui est dans le Christ Jésus… »

La foi est aussi relation à moi-même : comment je vis dans le réel de ma vie la réalité du don gratuit ? La graine de la foi est semée en tout être humain comme une capacité, un dynamisme, mais son développement dépendra de la rencontre entre ce don gratuit (la petite graine) et la réalité de ma liberté. Comment faire l’expérience de cette capacité qui est un don gratuit ? Une seule manière, paradoxale, en faisant l’expérience de mon incapacité, en constatant chaque jour que je n’arrive pas à aimer, à maîtriser ma colère, à être chaste, à partager, à pardonner… comme Jésus dans l’évangile… Mais Jésus me dit : N’aie pas peur, j’y suis arrivé pour toi, à ta place… Mon incapacité, mon impuissance à y arriver est la seule façon autre qu’intellectuelle que j’ai d’expérimenter la gratuité absolue de l’amour de Dieu pour moi…

Mais alors quelle est la part de ma liberté ? Elle est double : d’une part m’accrocher à Jésus dans une relation, une union intime puisqu’il y est arrivé pour moi, puisqu’il peut en moi ce que je ne peux pas par moi-même : « Sans moi vous ne pouvez rien faire » ; d’autre part être avec les autres dans une relation de service : servir simplement : « Nous sommes de simples serviteurs, nous n’avons fait que notre devoir »… La foi qui sait attendre dans la patience sans voir encore le résultat, qui agit en se mettant au service, qui s’accroche chaque instant au Christ en faisant l’expérience de son incapacité … mais en risquant le saut dans la confiance, cette foi-là devient fidélité et – nous a dit le prophète : « Le juste vivra par sa fidélité » Amen !

P. André-Jean