21° dimanche du TO (C) Lc 13, 22-30

Frères et sœurs, est-ce qu’« on ira tous au paradis », comme le dit Michel Polnareff dans une chanson bien connue ? En tout cas, c’est ce que Dieu veut, que tous les hommes soient sauvés (cf. 1 Tm 6,12), et qu’ils puissent contempler sa gloire, venant de tous les endroits du monde, de l’orient et de l’occident, du nord et du midi. Alors, pourquoi Jésus nous parle-t-il d’un royaume réservé aux élus, et aussi de premiers qui seront derniers ?

Il semble que le thème dominant des lectures d’aujourd’hui soit celui de l’accès au Royaume, et du combat qui précède ce passage. Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite, nous dit Jésus. Littéralement : Luttez pour entrer. Du même combat que celui de l’agonie, qui est le dernier passage étroit pour accéder à l’autre vie. Avec la grâce divine comme bouclier, je dois me battre, je dois lutter pour pouvoir accéder à la gloire de Dieu. Me battre : non pas contre les autres, comme certains le font en se poussant pour entrer les premiers dans une salle de concert, ou dans un grand magasin à l’occasion des soldes ; mais plutôt me battre contre moi-même, contre mon penchant égoïste qui me fait croire que je suis le seul à exister au monde.

Ce n’est donc pas sans effort qu’on arrive à la vie éternelle. La providence de Dieu et sa grâce sont là pour nous soutenir dans l’épreuve. Le Royaume des cieux appartient à ceux qui se font violence (cf. Lc 16,16). Chaque matin, il me faut me lever, sortir du lit pour être debout et ressuscité avec le Christ. Cela est difficile, mais c’est vital. Un chrétien ne peut se laisser aller à la mollesse, en pensant être arrivé au but. L’auteur de l’épître aux Hébreux nous dit que l’effort et la discipline sont des épreuves qui font grandir. Si le père donne une leçon à son fils, c’est pour son bien, pour qu’il puisse devenir un homme responsable et libre. La correction est un passage douloureux sur le moment, mais elle est faite pour nous élever et nous éduquer aux bonnes manières du Royaume. Car on n’arrive pas dans la salle du Royaume les mains dans les poches, de façon désinvolte et nonchalante, sûr de soi-même. Un effort est nécessaire, car le chemin qui mène à la vie est resserré (cf. Dt 30,15-20) ; la porte est étroite, d’abord dans le sens de la hauteur : il faut s’humilier devant elle, s’abaisser comme le Christ en se faisant petit, pour pouvoir entrer. Elle est aussi étroite dans le sens de la largeur, et je dois me délester des kilos en trop qui m’encombrent, et m’empêchent de rentrer.  Se faire ainsi petit et mince n’est pas évident. Nous voyons bien comment un tel régime est difficile à tenir ! Il nous faut faire un peu d’exercice chaque jour…

Cette correction que le père donne à son fils, elle apparaît bien pour nous à travers le passage d’évangile. Dieu nous donne une bonne leçon dans cette parabole. Nous qui avons l’habitude de manger et boire en sa présence, durant l’eucharistie, le Père nous dit par la bouche de son Fils que rien n’est garanti pour nous. Si je me laisse aller à faire le mal, à croire que tout est joué et que je n’ai aucun effort à faire pour me convertir, c’est-à-dire pour changer de vie, alors çà va mal se passer pour moi. Il y aura des pleurs et des grincements de dents. Aïe, aïe, aïe !

Frères et sœurs, la vie est un combat que Dieu livre avec nous. Saint Paul nous le dit à travers l’image de la course : J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi (1 Tm 4,7). Combattre, c’est rester en mouvement, ne pas être statique au risque d’être touché par l’adversaire et de tomber une bonne fois pour toutes. Il faut bouger, esquiver les coups qui sont donnés de part et d’autre. La vie chrétienne n’est pas de tout repos. Un passage angoissant doit se faire, non seulement à la naissance et à la mort, mais aussi durant toute notre vie. Souvent, nous préférons la voie facile et large qui consiste à vivre à la façon du monde. Mais Jésus au contraire invite ses disciples à « aller ailleurs », à se déplacer. Il les fait circuler de village en village, jusqu’à finalement monter avec lui vers Jérusalem, la ville de son passage par la mort et la résurrection. Après avoir cheminé, il leur demande de rester avec lui au lieu de son angoisse, le jardin de Gethsémani. Demeurez ici, et veillez avec moi. Nous savons que la prière peut être source d’appréhension, quand on est renvoyé à soi-même dans le silence. Mais c’est là que Jésus nous attend, dans la lutte qu’il a menée le premier et dans le passage de la Croix. Il nous veut près de lui, solidaires de son combat pour l’avènement du Royaume. 

Que cette eucharistie nous rassemble de toutes les contrées, qu’elles soient géographiques, sociales, culturelles. Que chacun amène ce qu’il peut donner en offrande au Seigneur. Et que Dieu nous conduise vers la montagne sainte où nous contemplerons sa gloire. Afin d’être unis à lui, et de lui ressembler comme des fils dignes de ce nom. Qu’il nous nourrisse de cette offrande sainte préfigurant le festin qu’il nous prépare, afin de pouvoir continuer le chemin qui nous est donné de vivre ; un chemin escarpé et risqué mais qui conduit à la vie véritable. Amen.

Fr. Columba