18° dimanche du TO (C) Lc 12, 13-21

Quand on voyage en avion, au décollage il vous est donné des consignes de sécurité ; entre autres : « En cas d’évacuation de l’appareil, abandonnez tous vos bagages… » La vie a donc plus de prix que tous les biens que l’on possède. C’est ce qu’a un peu oublié l’homme dont parle Jésus et à qui Dieu dit : « Tu es fou ; cette nuit même on va te redemander ta vie. Et tout ce que tu auras accumulé, qui l’aura ? »

Et dans la première lecture, des siècles avant Jésus, le sage se demande déjà : « Que reste t-il à l’homme de toute la peine et de tous les calculs pour lesquels il se fatigue sous le soleil ? » La parole de Dieu, ce dimanche, nous pose au fond la question essentielle : ‘’Qu’est ce que je fais de ma vie, quel sens je lui donne alors que je dois mourir un jour ?’’  Qui de nous ne s’est pas demandé le sens de la mort et de la vie, lorsque la perte d’un être cher semble venir briser son propre bonheur ? Méfions-nous d’ailleurs des réponses faciles, pieuses. Je me souviendrai jusqu’à mon dernier souffle, comme d’une bonne leçon, de ce que m’a répondu une maman alors que, tout jeune prêtre, j’allais lui rendre visite ; elle venait de perdre brutalement dans un accident de voiture un de ses deux fils. Croyant la consoler je lui dis : « Votre enfant voit Dieu maintenant ! » - Sa réponse : « Père ce n’est pas un spectacle pour un garçon de 20 ans ! ». Je n’avais pas su écouter sa souffrance avant de parler…

Que dire face à la question du sens de la vie et de la mort ? Pour les baptisés que nous sommes, ces interrogations conduisent à une autre question essentielle : « Qui est Dieu pour moi ? Qui est le Christ pour moi ? » Est-ce que je Le sers ou est-ce que je m’en sers ? Nous venons d’entendre Jésus remettre en place celui qui lui demande : « Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage. » - « Qui donc m’a établi pour être votre juge ou l’arbitre de vos partages ? » répond Jésus. Que demandons-nous au Seigneur : la réussite à un examen ? la victoire de son parti, de son équipe ? la prospérité de ses affaires ? « Qui est donc le Christ pour moi ? »

Je trouve l’ébauche d’une réponse dans la deuxième lecture, la lettre de Paul aux chrétiens de Colosses :

Dieu – dit Paul – n’a pas laissé Jésus enfermé dans la mort, dans le tombeau parce qu’on ne peut pas enfermer l’amour dans un tombeau, dans un cercueil ; le Père a ressuscité Jésus et, maintenant, ajoute Paul « votre vie est, reste cachée avec le Christ en Dieu ». Le sens de ma mort et de ma vie, ce ne sont pas des valeurs, c’est quelqu’un : Jésus qui seul, dans toute l’humanité, a tenu absolument la route de l’amour de Dieu et du prochain. Jésus seul a vécu en plénitude l’amour de Dieu pour l’homme et l’amour de l’être humain pour Dieu. Le sens de ma mort et de ma vie est caché en Lui. C’est donc en lui que je dois chercher le sens… C’est la dimension verticale de ma vie de fils par rapport à Dieu.

Et puis, Paul passe à la dimension horizontale : l’amour, la vie du Christ en moi peut renouveler ma vie, faire de moi un être nouveau, en faisant du fils de Dieu que je suis un frère universel, pour qui – ajoute Paul « Il n’y a plus le païen et le juif, le circoncis et l’incirconcis, l’esclave ou l’homme libre » et continuez la liste… « le musulman et le chrétien, le protestant et le catholique, l’hétérosexuel et l’homosexuel… Mais il y a le Christ : Il est tout en tous ».

C’est le double amour, filial par rapport à Dieu, fraternel par rapport au prochain qui donne sens car l’homme est pensé par Dieu, bâti en forme de croix, verticalement et horizontalement. Un ami qui étudie l’éveil à la vie du tout petit enfant qui vient de naître me disait que le premier mouvement que trace l’enfant est le mouvement vertical, le second est l’horizontal : fils et frère… Ce double amour crucifie forcément nos égoïsmes, nos intérêts, nos calculs, mais c’est en lui que se trouve le sens de notre vie et de notre mort et c’est ce double amour qui nous prépare à la vie pour toujours avec Dieu dans la grande communion éternelle, anticipée déjà en chacune de nos eucharisties. Amen !

P. André-Jean