13° dimanche du TO (C) Lc 9, 51-62

« C’est pour que nous soyons libres que le Christ nous a libérés » nous a dit saint Paul tout à l’heure avec force. Oui, disons-le et redisons-le : nous, les disciples de Jésus, nous sommes des hommes libérés, libres !

Quand j’étais au collège, il y a quelques années de cela, notre professeur de français, un athée convaincu, nous a demandé : « Qu’est-ce que la liberté ? » En bons adolescents que nous étions nous avons répondu en cœur : « c’est pouvoir faire ce qu’on veut ! » (Un beau chahut, par exemple). Notre professeur nous a répondu : « NON ! La liberté, c’est la possibilité qui nous est donnée de choisir le bien ! » Cette réponse m’a profondément marqué et j’ai découvert beaucoup plus tard que c’est un des leitmotivs de la philosophie grecque dont notre civilisation occidentale est profondément marquée.

Mais, la liberté chrétienne, la liberté de Jésus, notre liberté, coïncide-t-elle avec ce bel idéal qui est le fondement de la charte des droits de l’homme et du citoyen ? Si tel était le cas, notre foi chrétienne serait-elle autre chose qu’un bel humanisme teinté de religiosité ?

Dieu nous a créés libres, il nous a dotés d’une liberté de nature qui aspire à la vérité, à la beauté et à la bonté pour parvenir à unifier notre être et nos relations, pour vivre dans l’harmonie. Mais l’expérience nous montre que cette liberté ne suffit pas et que, malgré tous nos efforts, notre monde reste pagaille et compagnie pour ne pas porter un diagnostic plus pessimiste !

C’est pour cela que notre Dieu d’amour nous a préparé et fait don en Jésus d’une autre liberté, d’une liberté plus grande et plus haute : la liberté de grâce qui n’est autre que la liberté de Dieu lui-même. Liberté d’Amour, liberté inépuisable puisque l’Amour de Dieu est inépuisable et sans limite. Et l’amour de Dieu nous est donné et offert, non pas en raison de nos mérites, mais gratuitement : « l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous est donné » nous rappelle saint Paul. Alors, nous pouvons répondre à l’appel de Jésus sans regarder en arrière, en laissant les morts enterrer leurs morts et en nous détachant de nos petits conforts douillets. L’amour de Dieu rend libre parce qu’il est pure extase de soi, pure sortie de soi vers l’autre, aucune barrière ne l’enferme ni ne le retient. Jésus lui-même le dit à Nicodème : « l’Esprit souffle où il veut, tu ne sais ni d’où il vient ni où il va, ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit », « libre comme l’air » dit le proverbe !

N’est-ce pas pour ces espaces infinis de liberté que nous avons été créés à l’image et ressemblance de Dieu ?

Dieu nous invite donc à grandir de liberté en liberté, depuis la liberté adolescente purement narcissique, à la liberté de conscience, à la liberté d’action altruiste, à la liberté d’amour dans l’oubli de soi. Il nous invite à passer de la « liberté de » à la « liberté pour » jusqu’à la « liberté où tout n’est que don et grâce »

Comment pourrions-nous revenir à nos anciens esclavages quand nous avons quelque peu goûté à la liberté de Dieu ? N’est-ce pas une grande joie à chaque fois que nous sommes libérés d’une de ces innombrables addictions dans lesquelles notre société nous emprisonne ? Serions-nous comme ceux que le Seigneur a libérés de l’esclavage et qui se mirent à rêver à leurs anciens oignons ?

Comme saint Paul, oubliant le chemin parcouru, courons avec légèreté dans la voie de l’amour à la suite de Jésus. C’est ce que firent les premiers martyrs de l’Eglise de Rome dont nous faisons mémoire aujourd’hui, eux qui nous ont donné accès à la liberté du Christ.

Fr. Pierre