32° dimanche du TO (A) Mt 25,1-13

Il y a de la confusion des genres dans les lectures d’aujourd’hui. La première lecture nous présente la Sagesse sous les traits d’une femme, qui attire à elle des hommes grâce à sa beauté et à son visage souriant. Dans l’évangile, au contraire,  il y a bien des jeunes femmes, mais ce sont elles qui se laissent instruire. L’époux qui vient, c’est lui qui figure la Sagesse ; et c’est le Christ, évidemment. Malgré la différence de genre (masculin ou féminin), on voit bien que dans les deux cas, la Sagesse va au devant, elle prend l’initiative de la rencontre. Et elle se heurte à des comportements diamétralement opposés : d’un côté la prévoyance, le discernement et la prudence ; de l’autre la folie, l’égarement, le non-sens.

Si nous connaissons bien ce passage d’évangile, nous sommes moins habitués à entendre le livre de la Sagesse. Et il faut profiter de cette occasion en ce dimanche. Dans ce livre, comme dans celui des Proverbes, ou bien de Qohélet, un homme  est au centre ; c’est Salomon, le roi d’Israël, qui se laisse enseigner. Pourtant, on voit bien que cet homme, d’une sagesse exceptionnelle (tout le monde venait le voir pour régler des conflits), s’est laissé prendre par la folie de l’idolâtrie, en fréquentant des femmes étrangères et en adorant des faux dieux. C’est pour cela qu’on dit qu’il y a en Jésus « bien plus que Salomon ». Car le Christ, en tant que Fils Unique de Dieu, a mené à sa perfection toute sagesse humaine, si grande soit-elle. Salomon le reconnaît lui-même : Je suis moi aussi un homme mortel, égal à tous, descendant du premier qui fut modelé de terre (Sg 7,1). Mais alors, faire preuve de sagesse ne serait-ce pas de reconnaître humblement notre impuissance devant Dieu, comme le fait Salomon ? Si la Sagesse lui a été donnée, c’est parce qu’il l’a demandée dans la prière comme une grâce, avant toute autre chose, et même avant la richesse. Dieu l’a entendu, et il lui a donné celle-ci, de surcroît. Plus que la santé et la beauté, je l’ai aimée, et je décidais de l’avoir pour lumière (v. 10), dit le Roi.  Dans la figure de la Sagesse, il a découvert un trésor, une épouse idéale qui lui donne la connaissance de Dieu.

En parcourant ces chapitres du livre de la Sagesse, on se rend compte de l’importance, notamment, du symbole de la lumière. Salomon dit de celle-ci : Elle est un reflet de la lumière éternelle, un miroir sans tâche de l’activité de Dieu et une image de sa bonté (…) plus radieuse que la soleil, elle surpasse toute constellation. Comparée à la lumière, sa supériorité éclate : la nuit succède à la lumière, mais le mal ne prévaut pas sur la Sagesse (v.26 ; 29-30). Ainsi, on comprend mieux l’importance de la lampe qui brille dans l’obscurité, en attendant l’époux qui vient. Cette lumière de la Sagesse doit rester présente même en plein sommeil. Je dors, mais mon cœur veille, dit l’épouse du Cantique (Ct 5,2). Il y a une façon de se reposer en Dieu, en restant du côté de la Sagesse, en espérance. Et inversement, il y a une activité fébrile qui éloigne de l’Epoux. On part acheter de l’huile pour rallumer la lampe, mais c’est trop tard. La porte est fermée, et on ne peut plus rentrer…

Mais alors, comment donc être sage, prévoyant, et accueillir le Christ, la vraie Sagesse ? L’auteur du Siracide invite à cette prévoyance : Instruis-toi avant de parler, et soigne-toi avant d’être malade. Examine-toi avant le jugement (…), humilie-toi avant d’être malade. (…) Prépare-toi (…), souviens-toi (Sir 18,19-25). Bref, cela revient à regarder ce qu’il y a en nous. Et en chacun de nous, il y a à la fois de la sagesse et de la folie, comme chez Salomon et les jeunes femmes. Mais qu’est-ce que la folie ? C’est une fausse sagesse, explique Ben Sira. Il dit ceci : La science du mal n’est pas la sagesse, le conseil des pécheurs n’est pas la prudence. Il y a une habileté qui est une abomination, celui à qui manque la sagesse est insensé. Mieux vaut un homme dénué d’intelligence, qui craint le Seigneur, qu’un homme très habile, qui transgresse la Loi (19,22-24). De là, Ben Sira fait l’apologie du silence, de la discrétion, à l’opposé du fou qui parle sans réfléchir, qui élève la voix pour se faire entendre. Qui multiplie les paroles sera détesté et qui abuse de sa position s’attire la haine (20,8).

Ces textes nous apprennent que la Sagesse n’exige pas grand-chose de nous. Il ne s’agit pas d’ajouter, mais bien de retrancher, d’enlever de notre bouche et de notre cœur ce qui n’est que vanité et bruit de fond. Ne plus avoir assez d’huile dans sa lampe, ce serait alors manquer de bon sens, mais aussi ne pas penser à la Sagesse, en ne méditant pas sur elle. Comme il est dit dans la première lecture : chaque fois que (les hommes) pensent à elle, elle vient à leur rencontre. En cette eucharistie, portons la Sagesse dans notre cœur. Approchons-nous du Christ, pour qu’il s’approche de nous. Nourrissons-nous du repas qu’il nous a préparé et qui est sa propre personne, offerte pour le salut du monde. Amen.

Fr. Columba