3° Dimanche de l'Avent (B) Jn 1, 6-8.19-28

« Soyez toujours dans la joie » nous dit Saint Paul. Pour parler familièrement, presque vulgairement : il en a de bien bonnes notre cher Paul ! Être toujours dans la joie au milieu de tous les enquiquinements de la vie, sans parler de toutes les souffrances : maladies, pandémies, séparations, deuils, inimitiés, incompréhensions, etc. Paul connaît pourtant le livre de Job qui crie à Dieu : « La vie de l’homme sur terre est une corvée ! »

Pourtant, au fond de nous-mêmes, au plus profond de nous-mêmes, nous savons que nous sommes appelés à la joie, que nous sommes faits pour la joie.

On raconte cette anecdote – mais frère Sébastien-Jean n’as pu m’en confirmer l’authenticité – on raconte que Jean-Sébastien Bach a composé l’une de ses plus belles œuvres « Jésus, que ma joie demeure » alors qu’un de ses enfants était mort quelque temps avant, œuvre toute de joie contenue, de joie profonde qui nous envahit et nous entraîne. JSB avait-il en mémoire l’invitation de saint Paul ?

La joie du chrétien n’a rien à voir avec la méthode Coué : je dois être joyeux, il faut que je sois joyeux, il faut que je témoigne de la joie chrétienne. La joie n’est pas une vertu à acquérir, encore moins à imposer. Pitié de ces incorrigibles qui nous inondent de joie alléluiatique !

Non, la joie est un don, c’est un bouquet de fleurs offert par un ami, bouquet dont le parfum fragile, dont la musique légère, emplissent la mémoire de notre cœur. La joie, c’est la présence discrète de l’ami et, pour nous, la présence discrète de Jésus. Relisons le repas de Jésus chez Marthe et Marie, le repas de Jésus au bord du lac après sa résurrection : voilà la Joie, joie simple et discrète, joie d’une calme aurore.

La joie est fille de l’espérance comme le souligne Charles Péguy, la joie d’une enfant qui court entre ses deux grandes sœurs un peu trop sérieuses. Voyez la joie des enfants quand approche une grande fête ! Et la joie des enfants décuple celle des parents, même s’ils sont dans la peine. C’est le beau témoignage qu’en donne Anne-Dauphine Julliand.

L’Avent est le temps de la joyeuse espérance. Nous parlons même de « joyeuse pénitence » Comment la pénitence peut-elle être joyeuse ? C’est vrai qu’elle n’est pas joyeuse pour les autres quand ils nous voient avec nos mines de carême. La pénitence est joyeuse parce que, fondamentalement, elle est un don, un échange de dons : ce que je donne avec joie, je m’en prive avec joie. Dieu aime celui qui donne avec joie ! C’est la joie de Zachée : il a reçu Jésus chez lui, dans sa maison. Comblé de joie, il donne la moitié de ses biens et rend au quadruple ce qu’il a malhonnêtement extorqué. Autant dire qu’après cela, il ne lui reste plus rien ! Plus rien ? Si, la joie !

C’est le message que nous a légué saint François d’Assise. Cette joie qui est la protection la plus délicate et la plus appropriée de la Nature, cette joie qui fait éclore la fraternité. Joie et fraternité, thèmes chers à notre cher pape François.

La joie est le premier don, le premier fruit de l’Esprit Saint après celui de l’amour écrit saint Paul aux Galates. La joie, c’est la grâce. Grâce parce que don gratuit – reçu et donné – et parce que la joie rayonne en beauté, illumine le regard… comme celui de cette lépreuse cachée dans l’ombre de la Grand-Place de Tananarive. Ce jour-là, c’était elle la Reine de Madagascar ! Ses yeux tuméfiés mais éclatants de lumière illuminaient le monde.

Laissons-nous gagner doucement par la joie de Dieu et qu’elle coule de notre cœur comme une source rafraîchissante.

Jésus, demeure ma joie !

Fr. Pierre