Mercredi des Cendres 6 mars 2019 Mt 6, 1-6.16-18

Le geste des cendres que nous allons poser aujourd’hui à l’invitation de l’Eglise est exceptionnel dans le cours de l’année liturgique : une seule fois dans l’année, à l’entrée du carême, au moment où nous tournons résolument nos regards vers Pâques qui approche.

Ce petit peu de cendres que nous recevons sur le front vient de loin dans l’histoire des hommes. La Bible nous parle d’un rite très ancien de deuil, de pénitence, qui consiste à se couvrir la tête de cendres, de poussière.

Des images, venues d’autres civilisations, d’autres continents, nous font pressentir ce que veut dire la cendre quand elle recouvre la tête, quand elle retire ses couleurs au visage, aux cheveux, aux lèvres, quand la vie se fait toute grise : « Souviens-toi que tu retourneras en poussière ».

D’une certaine façon, par ce rite, l’Eglise nous dit de ne pas avoir peur de la mort. Elle nous suggère d’unir notre mort, nos morts, nos souffrances de toutes sortes, à la mort de Jésus le Christ, et ainsi de ressusciter avec lui.

Cela vaut pour l’Eglise tout entière qui se rappelle qu’elle est un corps, un corps vivant et souffrant, pas seulement une institution, pas un squelette ; elle aspire à devenir toujours plus pleinement vivante.

Et le deuil en ce moment lui va bien.

La pénitence semble lui être imposée du dehors, ainsi que la conversion, profonde, radicale.

Comment se fera-t-elle, cette conversion ?

Jésus nous suggère de travailler sur le dedans, sur ce lieu où notre Père voit dans le secret, sur l’unité du dedans et du dehors, unité de ce qui se voit et de ce qui ne se voit pas.

L’essentiel de ce qu’on reproche aujourd’hui à des prêtres, à des évêques, à des congrégations, à Rome même, c’est le mensonge qui a pris forme de dissimulation ; c’est son opacité ; on a couvert, on a caché.

Pour une bonne part, notre corps à nous aussi est le lieu d’un secret, d’un mystère, voire d’une énigme assez opaque : articulation du dehors et du dedans, lieu de relation et lieu de l’intériorité. Mon corps n’est pas le regrettable accessoire de ma vie spirituelle, il est un lieu de vérité, de vérification de ma vie spirituelle, le lieu où j’ai été donné à moi-même, le lieu où, à mon tour, je me donne ou non à Dieu et aux autres, dans l’espace et dans le temps, dans l’effort, dans le plaisir, dans la voix qui chante, dans le partage, ou dans la consommation égoïste. C’est par mon corps que je me donne ou que je me refuse.

Alors, pendant ce carême, prêter attention, avec patience et amour, à cette articulation personnelle du dedans / dehors, corps pour moi / corps pour les autres, non pas « s’écouter », comme on dit, mais plutôt « s’éprouver ».

Que notre Père qui voit dans le secret nous dise à chacun le lieu de notre épreuve d’amour, ce qui réclame notre conversion, ce qui manque d’unité, ce qui manque de vérité.

frère David