17° dimanche du TO (C) Lc 11, 1 -13

C’est un prodige – c’est inouï – c’est une formidable Bonne Nouvelle – c’est proprement renversant – jamais on n’avait vu cela ! Et dire, frères et sœurs, que nous nous y sommes habitués !

« Quand vous priez, dites : Père ». Vous vous rendez compte !

Le Dieu tout Puissant, créateur du ciel, de la terre, de l’univers visible et invisible ; nous l’appelons : Père.

Saint Paul écrit aux chrétiens de Rome : « Vous n’avez pas reçu un esprit qui fait de vous des esclaves et vous ramène à la peur ; mais vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; et c’est en lui que nous crions "Abba !" » c’est-à-dire Papa, le mot tendre et familier d’un fils à un père aimant.

Il y a quelques jours, je voyais un jeune papa qui jouait avec son fils sur la pelouse tout près d’ici. Le jeu s’arrête et l’enfant joyeusement s’écrie : Papounet, fais-moi encore jouer !

Frères et sœurs, si cela peut nous aider à passer de la vision du Dieu d’Abraham qui est encore parfois dans nos têtes, à l’Abba de Jésus-Christ. Les moines aiment bien Abraham ; il est vraiment le père des croyants et notre père dans la foi. Mais sa vision de Dieu dans la première lecture n’est pas du tout celle saint Paul dans la seconde lecture, ni dans le passage aux chrétiens de Rome cité tout à l’heure.

Nous ne pouvons pas avoir la même vision de Dieu si nous confessons le Christ comme Fils de Dieu. Relisez la seconde lecture : il y a un avant Jésus-Christ et un après.

Cela est si vrai que l’Ancien Testament évoque rarement et tardivement Dieu comme père, à la différence des religions des peuples alentours.

Origène, au III ème siècle, écrit : Examinons avec soin dans l’Ancien Testament s’il existe une prière qui appelle Dieu du nom de Père ; jusqu’à présent, malgré toutes nos recherches, nous n’avons rien trouvé. Nous ne voulons pas dire que Dieu n’y soit jamais appelé Père, mais nulle part, dans une prière, Dieu n’est invoqué comme Père, selon l’expression pleine de confiance que le Sauveur nous a transmise.

Frères et sœurs, il s’agit d’une réalité spirituelle, c’est-à-dire de quelque chose qui existe vraiment et relève de l’Esprit Saint. Cela ne vient pas de nous, c’est un don de Dieu.

Saint Paul le dit bien : c’est poussés par l’Esprit Saint que nous crions vers le Père en l’appelant : Abba. 

C’est pourquoi nous pouvons avoir eu un père inexistant, défaillant, fautif même, et avoir accès malgré cela à ce Dieu Père, ce Dieu Abba.

Et cette relation à un Dieu Père, à un Dieu Abba, peut venir guérir progressivement ce qui est blessé en nous du côté de notre père de naissance.

Quand un enfant malheureux en famille peut dire : « Dieu au moins Il m’aime, Dieu au moins Il me comprend », il vit la parole du prophète Isaïe : « j’ai du prix aux yeux du Seigneur, c’est mon Dieu qui est ma force » (Is 49, 5).

Bruno Bettelheim raconte qu’une fillette, après être sortie d’un autisme grave, a pu définir les bons parents comme « ceux qui espèrent pour vous », ce que n’avaient pas fait ses parents. De la même manière, nous pouvons faire l’expérience intérieure profonde que Dieu notre Père espère pour nous, avec nous.

Un catéchumène lycéen cette année a dit à son équipe d’accompagnement vers le baptême : « Pour la première fois, j’ai une famille ».

Ainsi, nous pouvons dégager en nous des espaces intérieurs neufs qui permettent d’apaiser ce qui en nous est à vif, traumatisé.

Rien n’est automatique en ce domaine, mais c’est un chemin possible.

« Quand vous priez, dites : Père ». Rien n’empêche de demeurer sur cette Parole toute la semaine et bien au-delà, dans l’élan de l’Eucharistie où rien ne se fait sans le don de l’Esprit Saint, y compris le don d’appeler Dieu : notre Père.

Rien n’empêche de creuser ce filon du Notre Père dans notre lectio divina, en cherchant la version de saint Matthieu, en le cherchant aussi à l’heure de Gethsémani. Et en nous souvenant qu’à l’heure du Golgotha, Jésus a crié : mon Dieu, mon Dieu pourquoi ? La force de Sa foi vient de cette alliance : mon Dieu – pourquoi.

« Quand vous priez, dites : Père ». C’est le mouvement de toute l’Eucharistie, action de grâces au Père, par le Fils et dans l’Esprit ; mais peut-être de cela sommes nous aussi habitués.

Peut-être suffit-il de cinq petites syllabes pour réveiller en nous le don de Dieu : « Quand vous priez, dites : Père ». 

Fr. Jean-Jacques