Épiphanie du Seigneur Mt 2, 1-12

L’étoile qui a conduit les mages à la crèche, l’étoile de l’épiphanie, c’est à dire de la manifestation de Jésus Sauveur, est-elle présente, où brille t-elle aujourd’hui dans la vie de l’église, du monde, dans notre vie à chacun et chacune ? Question importante car il y va de la vérité de notre vie de chrétiens. Les mages sont retournés chez eux par un autre chemin ; cela ne s’entend pas seulement d’un autre itinéraire proposé par le GPS, mais au sens spirituel : leur vie a pris une autre direction, leur vie a changé : alors qu’en a t-il été pour eux, qu’en est-il pour nous ? Que nous dit la Parole de Dieu en cette fête de l’Épiphanie ? C’est une double découverte qui est proposée aux mages, tout comme à nous aujourd’hui.

- d’abord, les mages venus des extrémités du monde connu alors, découvrent que Dieu leur parle le langage qu’ils peuvent comprendre, leur donne un signe qu’ils peuvent lire : une étoile, puisque ce sont des astrologues… Dieu parle à chacun le langage qu’il peut comprendre… Pour les mages, l’étoile est un signe qui les conduit à un autre signe : l’enfant de la crèche. Ils comprennent alors que cet Enfant les concerne, est né pour eux aussi. Et pour nous aujourd’hui, que devons-nous comprendre ? Écoutez ! Cela se passait en 2013, précisément à Bethléem dans la basilique de la Nativité. Je me trouvais avec des pèlerins et nous attendions, dans une file immense, de pouvoir descendre au lieu où une étoile d’argent situe la naissance de Jésus. Des chinois faisaient la queue comme nous : « Vous êtes chrétiens ? » nous demande l’un d’eux. – « Oui ! Et vous ? » - « Non… » - « Mais alors pourquoi venez-vous d’Extrême-Orient ici ? » - « Nous avons entendu parler de Jésus… Nous venons pour apprendre… », comme les Mages à la naissance de Jésus.

Jésus attire donc encore. Son mystère travaille aujourd’hui, comme toujours, dans le cœur, dans l’esprit des hommes qui semblent loin, aux périphéries de l’Eglise, de la foi… Ce mystère que l’on n’a jamais fini de creuser, de comprendre, ce mystère dont Paul dit (dans la seconde lecture) qu’il lui a été révélé, qu’il a été manifesté à l’Église, c’est « que toutes les nations sont associées au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ ». Aujourd’hui le Christ, né à Bethléem, mort et ressuscité se manifeste à ceux qui sont loin : Jésus attire à Lui ces chinois venus à Bethléem… « Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore… » dit Isaïe dans la première lecture. L’Épiphanie est la fête de l’Amour infini de Dieu qui se déploie, se dilate jusqu’aux extrémités de l’humanité. Jésus est venu pour tout sauver et pour nous sauver tous et chacun. Voilà ce que nous contemplons aujourd’hui, ce qui réjouit l’Église et qui devrait nous arracher à toutes les formes que prend la tristesse dans nos vies. C’est l’universalité du salut en Jésus Sauveur du monde.

- La deuxième découverte des mages, c’est la particularité et la nouveauté radicale du signe qui leur est donné. Les mages cherchent, nous dit l’évangile, « le roi des Juifs » Ce titre inquiète et trouble le roi Érode : un concurrent de son pouvoir serait-il né ? Mais comme roi des juifs, les mages trouvent un petit enfant et sa mère, non pas dans un palais, mais dans une étable. De plus, ce titre de roi des Juifs n’apparaît qu’une seule fois dans l’évangile, sur l’inscription que Pilate fait mettre sur la croix de Jésus : « Celui-ci est Jésus de Nazareth, le roi des juifs ». Le trône de ce roi est la Croix. Déjà l’Esprit de Dieu, mystérieusement présente dans le cœur des mages fait « qu’ils se prosternent et adorent cet enfant de pauvres… » Pour les mages et pour nous c’est un renversement complet, une transformation radicale du regard à porter sur la puissance de Dieu. Dieu, à la crèche, comme au calvaire, n’a pas d’autre puissance que celle de l’amour, n’a pas d’autre pouvoir que celui d’aimer et de se donner, de donner sa vie jusqu’au bout.

Accueillons nous aussi le signe de l’étoile : de l’enfant de Bethléem au Christ sur la croix et au tombeau vide le matin de la résurrection, l’Amour jaillit et se diffuse pour nous rendre capables de reconnaître dans le visage de tout être humain, dans tous les crucifiés de l’histoire en particulier, le Visage même de Dieu qui s’offre ainsi à notre amour, qui le réclame aussi. L’étoile qui a conduit les mages est le signe d’une étoile infiniment plus puissante que toutes les comètes du système solaire. C’est la puissance de l’Amour qui doit briller dans ma vie et – comme le dit aussi l’évangile de Matthieu – doit m’amener, comme les mages qui offrent leurs présents, « à vêtir celui qui est nu, nourrir celui qui a faim, visiter celui qui est malade ou prisonnier… » puisque Jésus nous dit : « Ce que tu as fait au plus petit de mes frères c’est à moi que tu l’as fait ».

À l’Eucharistie l’hostie est brisée pour être partagée : c’est le Christ Vivant qui nous partage son amour qui aura le dernier mot sur toute la folie humaine. À chacun, chacune de s’ouvrir à cet amour, de le mettre en œuvre en reconnaissant le Visage du Christ dans celui du prochain et, lorsque nous nous heurtons à l’épreuve et au mal, de choisir d’aimer jusqu’au bout, pour que l’étoile continue à briller dans la nuit de notre monde. Amen

P. André-Jean